ANTIOCHUS, RODOGUNE
RODOGUlfE.
Prince, qu'ai-je entendu? purceqiie je soupire, Vous présumez que j'aime, et vous m'osez le dire! Est-ce un frère , est-oe vous, dont la témérité S*imagine^.
▲ HTIOCHUS.
Apaisez ce courage irrité, Princesse; aucun de nous ne seroit téméraire Jusqu'à s'imaginer qu'il eât Tbeur de vous plaire: Je vois votre mérite et le peu que je vaux , Et ce rival si cher connoU mieux ses défauts. Mais si tantôt ce oœur parioit par votre bouche ,
i64 RODOGUNE.
Il veut qae nous croyons qu'un peu d'amour le touche , Et qu'il daigne écouter quelques-uns de nos vœux , Puisqu'il tient à bonheur d'être à l'un de nous deux. Si c'est présomption de croire ce miracle, C'est une impiété de douter de l'oracle , Et mériter les maux où vous nous condamnez.
Qu'éteindre un bel espoir que vous nous ordonnez. Princesse, au nom des dieux , au nom de cette flamme ...
RODOGITirS.
Un mot ne fait pas voir jusques au fond d'une ame;
Et votre espoir trop prompt prend trop de vanité
Des termes obligeants de ma civilité.
Je l'ai dit , il est vrai ; mais, quoi qu'il en puisse être,
Méritez cet amour que vous voulez connoître:
Lorsque j'ai soupiré, ce n'étoit pas pour vous;
J'ai donné ces soupirs aux mânes d'un époux ;
Et ce sont les effets du souvenir fidèle
Que sa mort à toute heure en mon ame rappelle.
Princes, soyez ses fils, et prenez son parti.
ABTTIOCHUS.
Recevez donc son cœur en nous deux réparti; Ce cœur, qu'un saintamourrangeasous votre empire , Ce cœur, pour qui le vôtre à tout moment soupire, Ce cœur, en vous aimant indignement percé.
Reprend pour vous aimer le sang qu'il a versé;