ACTE I, SCÈNE I
PHOCAS
Quiconque en est Tauteur devoit mieux rinventer. Le nom d'Héraclius doit peu m'épouvanter: Sa mort est trop certaine, et fut trop remarquable, Pour craindre un grand effet d'une si vaine fable. Il n'avoit que six mois; et, lui perçant le flanc, On en fit dégoutter plus de lait que de sang ; Et ce prodige affreux, dont je tremblai dans Tanie, Fut aussitôt suivi de la mort de ma femme.
Il me souvient encor qu'il fut deux joura caché , Et que sans Léontine on l'eût long-temps cherché : Il fut livré par elle, à qui pour récompense Je donnai de mon fils à gouverner Tenfance, Du jeune Martian, qui, d'âge presque égal, Étoit resté sans mère en ce moment fatal.
Juge par là combien ce conte est ridicule.
CRISPE
Tout ridicule , il plaît ; et le peuple est crédule. Mais avant qu'à ce conte il se laisse emporter. Il vous est trop aisé de le faire avorter.
Quand vous fîtes périr Maurice et sa famille , ■Il vous en plut, seigneur, réserver une fille. Et résoudre dès-lors qu'elle auroit pour époux Ce prince destiné pour régner après vous.
Le peuple en sa personne aime encore et révère
aao HÉRACLIUS.
£t SUD père Maurice et son aïeul Tibère , Et vous verra sans trouble en occuper le rang , S*il voit tomber leur sceptre au reste de leur sang. Non , il ne courra plus après Tombre du frère, S'il voit monter la sœur dans le trône du père. Mais pressez cet hymen : lé prince aux champs de
Mars, Chaque jour, chaque instant , s*o£fre à mille hasards ; Et , n'eût été Léonce, en la dernière guerre Ce dessein avec lui seroit tombé par terre.
Puisque, sans la valeur de ce jeune guerrier, Marlian demeuroit ou mort ou prisonnier.
Avant que d'y périr, s'il faut qu'il y périsse. Qu'il vous laisse un neveu qui le soit de Maurice, Et qui, réunissaut Tune et l'autre maison, Tire chez vous l'amour qu'on garde pour sou nom.
PHOCAS
Hélas ! de quoi me sert ce dessein salutuire. Si pour en voir l'effet tout me devient contraire ? Pulchérie et mon fils ne se trouvent d'accord Qu'à fuir cet hyménée à l'égal de la mort ; Et les aversions, entre eux deux mutuelles, Les font d'intelligence à se montrer rebelles. La princesse sur- tout frémit à mon aspect ; Et, quoiqu'elle étudie un peu de faux respect.