ACTE I, SCÈNE II
Mais pour remettre un jour l*einpire en sa famille Je fis ce que je pus , je conservai sa fille ; Et, sans avoir besoin de titres ni d'appui , Je te iais part d'un bien qui n'étoit plus à lui.
PULCHÉRXS.
Un chétif centenier des troupes de Mysie, Qu'un gros de mutinés élut par fantaisie, Oser arrogamment se vanter à mes yeux D'être juste seigneur du bien de mes aïeux !
Lui qui n'a pour l'empire autre droit que ses crimes , Lui qui de tous les miens fit autant de victimes, Croire s'être lavé d'un si noir attentat En imputant leur perte au repos de l'état!
Il £Bdt plus , il me croit digne de cette excuse ! Souffre , soufire à ton tour que je te désabuse : Apprends que, si jadis quelques séditions Usurpèrent le droit de ces élections , L'empire étoit chez nous un bien héréditaire ; Maurice ne l'obtint qu'en gendre de Tibère; Et Ton voit depuis lui remonter mon destin Jusqu'au grand Théodose, et jusqu'à Constantin. Et je pourrois avoir l'ame assez abattue...
PHOCAS
Hé bien ! si tu le veux , je te le restitue Cet empire, et consens enoor que ta fierté ///. i5
aaô HÉRACLIUS.
Impute à mes remords Feffet de ma bonté.
Dis que je te le rends, et te fais des caresses Pour apaiser des tiens les ombres vengeresses. Et tout ce qui pourra sous quelque autre couleur Autoriser ta haine et flatter ta douleur.
Pour un dernier effort je veux soufiiir la rage Qu'allume dans ton cœur cettcsanglaute image. Mais que t*a hïi mon fils? étoit-il, au berceau. Des tiens que je perdis le juge ou le bouireau ? Tant de vertus qu'en lui le monde entier admire Ne Tont-elles pas feit trop digne de Tempire ? £n ai-je eu quelque espoir qu'il n'ait assez rempli? Et voit-on sous le ciel prince plus accompli? Un cœur comme le tien , si grand, si magnanime...
Ya , je ne confonds point ses vertus et ton crime ; Comme ma haine est juste, et ne m*aveugle pas. J'en vois assez en lui pour les plus grands états : J'admire chaque jour les preuves qu'il en donne : J'honore sa valeur, j'estime sa personne , Et penche d'autant plus à lui vouloir du bien , Que s'en voyant indigne il ne demande rien , Que ses longues froideurs témoignent qu'il s'irrite De ce qu'on veut de moi par-delà son mérite, Et que de tes projets son cœur triste et confus