‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 140 sur 201 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

( Pour m'en faire justice approuve mes refus. Ce fils si vertueux d'un père si coupable , S'il ne devoit régner, me pourroit être aimable ; Et cette grandeur même où tu veux le porter Est Tunique motif qui m'y fait résister.

Après l'assassinat de ma famille entière, • Quand tu ne m'as laissé père, mère, ni frère, Que j'en fasse ton fils légitime héritier !

Que j'assure par là leur trône au meurtrier!

Non , non; si tu me crois le cœur si magnanime Qu'il ose séparer ses vertus de ton crime, Sé^iare tes présents, et ne m'offre aujourd'hui Que ton fils sans le sceptre, ou le sceptre sans lui. Avise; et si tu crains qu'il te fût trop infâme De remettre l'empire en la main d'une femme , Tu peux dès aujourd'hui le voir mieux occupé : Le ciel me rend un frère à ta rage échappé ; On dit qu'Héradius est tout près de paroître: Tyran , descends du trône, et fais place à ton maiti'e.

PHOCAS

A ce conte, arrogante , un fentôme nouveau.

Qu'un murmure confus fait sortir du tombeau, Te donne cette audace et cette confiance !

Ce bruit s'est fiût déjà digne de ta croyance; Mais...

2^3 HÉRAGLIUS.

PULCHÉRIE

Je sais qu'il est faux; pour t'assurer ce rang Ta rage eut trop de soin de verser tout mon sang : Mais la soif de ta perte en cette conjoncture Me fait aimer Fauteur d'une belle imposture.

Au seul nom de Maurice il te fera trembler :

Puisqu'il se dit son fils, il veut lui ressembler; Et cette ressemblance où son courage aspire Mérite mieux que toi de gouverner l'empire.

J'irai par mon suffrage affermir cette erreur. L'avouer pour mon frère et pour mon empereur. Et dedans son parti jeter tout l'avantage Du peuple convaincu par mon premier bommage.

Toi, si quelque remords te donne un juste effroi , Sors du trône, et te laisse abuser comme moi : Prends cette occasion de te faire justice.

PHOCAS

Oui , je me la ferai bientôt par ton supplice ; Ma bonté ne peut plus arrêter mon devoir; Ma patience a fait par-delà son pouvoir :

Qui se laisse outrager mérite qu'on l'outrage ; Et l'audace impunie enfle trop un courage.

Tonne, menace, brave, aspère en de faux bruits; Fortifie, affermis ceux qu'ils auront séduits; Dans ton ame à ton gré change ma destinée :

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