ACTE II, SCENE II. a4i
De mou trône , a Phocas sous ce titre arraché ,
Il puisse me punir de m*étre trop caché.
n ne sera pas temps, madame, de lui dire
Qu*il me rende mon nom , ma naissance , et l'empire ,
Quand il se prévaudra de ce nom déjà pris
Pour me joindre au tyran dont je passe pour fils.
LBONTIITE.
Sans vous donner pour chef à cette populace, Je romprai bien encor ce coup , s'il vous menace. Mais gardons jusqu'au bout ce secret important; Fiez-vous plus à moi qu*à ce peuple inconstant. Ce que j*ai fait pour vous depuis votre naissance Semble digne, seigneur, de cette confiance :
Je ne laisserai point mon ouvrage imparfait; Et bientôt mes desseins auront un plein effet : Je punirai Phocas, je vengerai Maurice :
Mais aucun n'aura part à ce grand sacrifice; J'en veux toute la gloire, et vous me la devez : Vous régnerez par moi , si par moi vous vivez. Laissez entre mes mains mûrir vos destinées , Et ne hasardez point le fruit de vingt années.
BUDOXE.
Seigneur, si votre amour peut écouter mes pleurs, Ne vous exposez point au dernier des malheurs. La mort de ce tyran, quoique trop légitime.
24» HÉRACLIUS
Aara, dedans vos mains, l'image d'un grand crime:
Le peuple pour miracle osera maintenir
Que le ciel par son fils l'aura voulu punir:
Et sa haine obstinée après cette chimère
Vous croira parricide en vengeant votre père;
La vérité n*aura ni le nom ni Teffiet
Que d'un adroit mensonge à couvrir ce for⁢
Et d'une telle erreur Tombre sera trop noire
Pour ne pas obscurcir l'éclat de votre gloire.
Je sais bien que l'ardeur de venger vos parents...
HÉRACLIUS
Vous en êtes aussi, madame, et je me rends; Je n'examine rien , et n'ai pas la puissance De combattre l'amour et la reconnoissance.
Le secret est à vous, et je sei*ois ingrat Si , sans votre congé, j'osois en faire édat , Puisque, sans- votre aveu, toute mon aventure Passeroit pour un songe, ou pour une imposture. Je dirai plus; l'empire est plus à vous qu'à moi, Puiiqu'à Léonce mort tout entier je le doi :
C'est le prix de son sang, c'est pour y satisfaire Que je rends à la sœur ce que je tiens du frère : Non que pour m'acquitter par cette élection Mon devoir ait forcé mon inclination :
Il présenta mon cœur aux yeux qui le charmèrent.