ACTE II, SCÈNE VI. a
Mon zèle y répondit par-delà sa croyance.
Le Toyant prisonnier et ses quatre autres fils, Je cachai quelques jours ce qu'il m'avoit commis; Mais enfin , toute prête à me voir découyerte. Ce zèle sur mon sang détourna votre perte.
J'allai pour vous sauver vous ofirir à Phocas; Mais j'offris votre nom, et ne vous donnai pas. La généreuse ardeur de sujette fidèle Me rendit pour mon prince à moi-même cruelle; Mon fils fut, pour mourir, le fils de Tempereur; J'éblouis le tyran , je trompai sa futeur ; Léonce au lipu de vous lui servit de victime.
( Elle fait tu soupir.)
Ah! pardonnez de grâce; il m'échappe sans crime. J'ai pris pour vous sa vie, et lui rends un soupir; Ce n'est pas trop , seigneur, pour un tel souvenir : A cet illustre effort par mon devoir réduite, J'ai dompté la nature , et ne l'ai pas détruite.
Phocas , ravi de joie à cette illusion , Me combla de faveurs avec profusion ; Et nous fit de sa main cette haute fortune Dont il n'est pas besoin que je vous importune.
Voilà ce que mes soins vous laissoient ignorer: Et j'attendois, seigneur, à vous le déclarer, Que par vos grands exploits votre rare vaillance
a5o HÉRACLIUS.
Pût faire à TuniTers croire votre naissance , Et qu*une occasion pareille à ce grand bruit Nous pût de son aveu promettre quelque fruit. Car comme j*ignorois que notre grand monarque En eût pu rien savoir , ou laisser quelque marque, Je doutois qu*un secret, n'étant su que de moi, Sous un tyran si craint pût trouver quelque foi.
EXUPÈRE
Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice ,
Le forçoit de ses fils à voir le sacrifice,
Ce prince vit rechange et l'alloit empêcher;
MaisTacier des bourreaux fut plus prompt à trancher:
La mort de votre fiils arrêta cette envie,
Et prévint d'un moment le refus de sa vie.
Maurice, à quelque espoir se laissant lors flatter.
S'en ouvrit à Félix qui vint le visiter.
Et trouva les moyens de lui donner ce gage
Qui vous en pût un jour rendre un plein témoignage.
Félix est mort, madame, et naguère en mourant
Il remit ce dépôt à son plus cher parent;
Et m'ayant tout conté , « Tiens , dit-il , Exupère ,
« Sers ton prince, et venge ton père. »
Armé d'un tel secret, seigneur, j'ai voulu voir Combien parmi le peuple il auroit de pouvoir : J'ai fait semer ce bruit sans vous faire connoître;