SCÈNE I
M ARTIAN, se croyaot Héraclius; PULGH ÉRI £.
MARTXAH.
Je veux bien l'avouer, madame, car mon cœur A de la peine encore à vous nommer ma sœur; Quand , malgré ma fortune à vos pieds abaissée. J'osai jusques à vous élever ma pensée, Plus plein d'étounement que de timidité, J*interrogeoi$ ce cœur sur sa témérité; Et dans ses mouvements pour secrète réponse Je sentois quelque cbose au-dessus de Léonce, Dont, malgré ma raison, Vimpérieux effort Emportoit mes désirs au-delà de mon sort.
/Il, 1 7
258 HÉRAGLIUS.
PCLCHÉRIE.
Moi-même assez souvent j*ai senti dans mon ame Ma naissance en secret me reprocher ma flamme. Mais quoi! Fimpératrice, à qui je dois le jour, ÀToit innocemment fait naître cet amour.
J'approchois de quinze ans, alors qu^empoisonnée Pour avoii' contredit mon indigne hyménée Elle mêla ces mots à ses derniers soupirs :
« Le tyran veut surprendre ou forcer vos désirs, ce Ma fille, et sa fiireur à son fils vous .destine : « Mais prenez im épqux des mains de Léontine; '( Elle garde un trésor qui vous sera bien cher. » Cet ordre en sa faveur me sut si bien toucher, Qu'au lieu de la haïr d'avoir livré mon frère , J'en tins le bruit pour faux, elle me devint chère; Et, confondant ces mots de trésor et d^époux , Je crus les bien entendre, expliquant tout de vous; J'opposois de la sorte à ma fière naissance Les favorables lois de mon obéissance; Et je m'imputois même à trop de vanité De trouver entre nous quelque inégalité.
La race de Léonce étant patricienne, L'éclat de vos vertus l'égaloit à la mienne; Et je me laissois dire, en mes douces erreurs : «' C'est de pareils héros qu'on fait les empereurs ;