‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 163 sur 201 · ACTE III, SCÈNE I. .aSg · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I. .aSg

«< Tu peux bien sans rougir aimer un grand courage R A qui le monde entier peut rendre un juste hom-

« mage. »

J*écoutois sans dédain ce qui m'autorisoit; L'amour pensoit le dire, et le sang le disoit; Et de ma passion la flatteuse imposture S'emparbit dans mon cœur des droits de la nature.

MARTIAir.

Ah! ma sœur, puisqu'enfin mon destin éclairci Veut que je m'accoutume à vous nommer ainsi.

Qu'aisément Tamitié jusqu'à l'amour nous mène! C'est un penchant si doux , qu'on y tombe sans peine : Mais quand il faut changer l'amour en amilié, Que l'ame qui s'y force est digne de pitié!

Et qu'on doit plaindre un cœur qui , n'osant s'en défendre.

Se laisse déchirer avant que de se rendre!

Ainsi donc la nature à l'espoir le plus doux Fait succéder l'hoiTCur , et l'horreur d'être à vous! Ce que je suis m'arrache à ce que j'aimois d'être! Ah ! s'il m'étoit permis de ne me pas connoitre, Qu'un si charmant abus seroit à préférer A l'âpre vérité qui vient de m 'éclairer!

PULCHÉRIE

J'eus pour vous trop d'amour pour ignorer ses forces.

a6o HÉRAGLIUS.

Je sais quelle amertume aigrit de tels divorces;

Et la haine à mon gré les fait plus doucement

Que quand il faut aimer, mais aimer autrement.

J*ai senti comme tous une douleur bien vive

En brisant les beaux fers qui me tenoient captive;

Mais j'en condamnerois le plus doux souvenir

S'il avoit à mon cœur coûté plus d'un soupir.

Ce grand coup m*a surprise , et ne m'a point troublée ;

Mon ame Ta reçu sans en être accablée;

Et comme tous mes feux n'avoient rien que de saint.

L'honneur les alluma, le devoir les éteint.

Je ne vois plus d'amant où je rencontre un frère;

L'un ne me peut toucher, ni l'autre me déplaire;

Et je tiendrai toujours mon bonheur infini,

Si les miens sont vengés, et le tyran puni,

Yous, que va sur le trône élever la naissance. Régnez sur votre cœur avant que sur Byzancc ; Et, domptant comme moi ce dangereux mutin , Commencez à répondre à ce noble destin.

M ARTIAN.

Ah! vous fûtes toujours l'illustre Pulchérie, Eu fille d'empereur dès le berceau nourrie; Et ce grand nom sans peine a pu vous enseigner Comment dessus vous-même il vous falloit régner : Mais pour moi, qui, caché sous une autre aventure.

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