PHOCAS, EXUPÈRE, AMINTAS
PHOCAS
J*ccoute avec plaisir ces menaces frivoles; Je ris d*un désespoir qui n'a que des paroles ; Et, de quelque façon qu'elle m'ose outiager, Le sang d'Héraclius m'en doit assez venger.
Yous donc, mes vrais amis, qui me tirez de peine , Vous dont je vois l'amour quand j'en craignois la
haine , Vous qui m'avez livré mon secret ennemi. Ne soyez point vers moi fidèles à demi ; Résolvez avec moi des moyens de sa perte :
La ferons-nous secrète, ou bien à force ouverte? Prendrons-nous le plus sur, ou le plus glorieux ?
EXUPÈRE
Seigneui', n'en doutez point, le plus sûr vautlemieux; Mais le plus sûr pour vous est que sa mort éclate. De peur qu'en l'ignorant le peuple ne se flatte,
272 HÉRACLIUS
N'attende encor ce prince, et n'ait quelque raison De courir en aveugle à qui prendra son nom,
PHOCAS
Donc, pour ôter tout doute à cette populace.
Nous enverrons sa tête au milieu de la place.
SXUPÈKE.
Mais si vous la coupez dedans votre palais.
Ces çbstinés mutins ne le croiront jamais; Et, sans que pas un d'eux à son erreur renonce , Ils diront qu'on impute un faux nom à Léonce, Qu'on en fait un fantôme afin de les tromper. Prêts à suivre toujours qui voudra Tusurper.
PHOGAS.
Lors nous leur ferons voir ce billet de Maurice.
BXUPÈRB.
Ils le tiendront pour faux et pour un artifice:
Seigneur, après vingt ans vous espérez en vain
Que ce peuple ait des yeux pour connoitre sa main.
Si vous voulez calmer toute cette tempête,
Il faut en pleine place abattre cette tête ,
Et qu'il dise, en mourant, à ce peuple confus :
« Peuple , n'en doute point, je suis Héraclius. »
PHOGAS.
Il le faut, je l'avoue; et déjà je destine A ce même échafaud l'infâme Léontine.