‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 3 sur 201 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

S'il courouna le père, il hasarde le fils; Et , nous l'ayant donnée, il expose Memphis.

Il faut le recevoir , ou hâter son supplice, Le suivre, ou le pousser dedans le précipice. L*un me semble peu sûr, l'autre peu généreux; Et je crains d'être injuste, ou d'être nudheureox. Quoi que je fasse enfin, la fortune ennemie M'oCTre bien des périls, ou beaucoup d'infamie: C'est à moi de choisir; c'est à vous d'aviser A quel choix vos conseils me doivent disposer. Il s'agit de Pompée; et nous aurons la gloire D'achever de César ou troubler la victoire ; Et je puis dire enfin que jamais potentat rTeut à délibérer d'un si grand coup d'état.

PHOTIXr.

Seigneur, quand par le fer les choses sont vidées, La justice et le droit sont de vaines idées; Et qui veut être juste en de telles saisons Balance le pouvoir, et non pas les raisons.

Toyez donc votre force; et regardez Pompée, Sa fortune abattue, et sa valeur trompée.

César n'est pas le seul qu'il fuie en cet état : Il fuit et le reproche et les yeux du sénat.

Dont plus de la moitié.piteusement étale Une indigne cutée aux vautours de Pharsale;

Il fuit Rome perdue, il fuit tous les Romaiiis, A qui par sa défaite il met les fers aux mains; Il fuit le désespoir des peuples et des princes , Qui vengeroient sur lui le sang de leurs provinces, Leurs états et d*argent et d'hommes épuisés.

Leurs trônes mis en cendre, et leurs scej^tres brisés: Auleur des maux de tous, il est à tons en butte, Et fuit le monde entier écrasé sous sa chute. Le défendrez-Tous seul contre tant d*ennemis? L'espoir de son salut en lui seul étoit mis; Lui seul pouToit pour soi: cédez alors qu'il tombe: Soutiendrez-vous un faix sous qui Rome succombe. Sous qui tout l'univers se trouve foudroyé, Sous qui le grand Pompée a lui-même ployé? .

Quand on veut soutenir ceux que le sort accable, A force d'être juste on est souvent coupable; Et la fidélité qu'on garde imprudemment, Après un peu d'éclat, traîne un long châtiment. Trouve un noble revers, dont les coups invincibles Pour être glorieux ne sont pas moins sensibles.

Seigneur, n'attirez point le tonnerre en ces lieux; Rangez-vous du parti des destins et des dieux; Et sans les accuser d'injustice, ou d'outrage. Puisqu'ils font les heureux , adorez leur ouvrage; Queb quesoient leursdécrets, dédaréz-vouspour eux«

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