ACTE I, SCÈNE L
Et pour leur obéir perdez le malbeiireiii.
Pressé de toutes parts des colères célestes,
U en vient dessus voas £ure fondre les restes;
Et sa tète, qu'à peine il a pu dérober,
Toute prête de choir, cherche avec qui tomber.
Sa retraite chez vous en effet n'est qu*nn crime;
Elle marque sa haine , et non pas son estime:
n ne vient que vous perdre en venant prendre port:
Et voos pouvez douter s'il est digne de mortl
Il devoit mieux remplir nos vœux et notre attente,
Faire voir sur ses ne& la victoire flottante ;
U n'eût ici trouvé que joie et que festins :
Maispuisqu'ilest vaincu, qu'il s'en prenne aux destins.
J'eu veux à sa disgrâce, et non à sa personne;
J'exécute à regret ce que le ciel ordonne ;
Et du même poignard pour César destiné
Je perce en soupirant son cœur infortuné.
Vous ne pouvez enfin qu'aux dépens de sa tète
Mettre à l'abri la vôtre , et parer la tempête.
Laissez nonmier sa mort un injuste attentat;
La justice n'est pas une vertu d'état.
Le choix des actions ou mauvaises ou bonnes
Ne fait qu'anéantir la force des couronnes;
Le droit des rois consiste à ne rien épargner.
La timide équ jté débmit l'art de régner :
Quand on craint d'être injuste, on a /toujours à
craindre; Et qui veut tout pouvoir doit oser tout enfreindre. Fuir comme un déshonneur la vertu qui le perd, 'Et voler sans scrupule au crime qui le sert
C'est là mon sentiment. Achillas et Septime S'attacheront peut-être à quelque autre maxime; Chacun a son avis : mais , quel que soit le leur, Qui punit le vaincu ne craint point le vainqueur.
ACHILIiAS.
Seigneur, Photin dit vrai : mais, quoique de Pompée Je voie et la fortune et la valeur trompée.
Je regarde son sang comme un sang précieux Qu'au milieu de Pharsale ont respecté les dieux. Non qu'en un coup d'état je n'approuve le crime; Mais , s'il n'est nécessaire, il n'est point légitime. Et quel besoin ici d'une extrême rigueur?
Qui n'est point au vaincu ne craint point le vainqueur. Neutre jusqu'à présent, vous pouvez l'être encore; Vous pouvez adorer César, si l'on l'adore :
Mais quoique vos encens le traitent d'immortel, Cette grande victime est trop pour son autel; Et sa tête immolée au dieu de la victoire Imprime à votre nom une tache trop noii^e :
Ne le pas secourir suffît sans l'opprimer.