ACTE III, SCÈNE IL /.S
Et qui verse en nos cœurs, a«ec Tame et le sang, Et la haine du nom , et le mépris du rang.
C*est ce que de Pompée il tous falloit apprendre; S'il en eût aimé l'offre , il eût su s'en défendre: Et le trône et le roi se seroient ennoblis A soutenir la main qui les a rétablis.
Vous eussiez pu tonil)er, mais tout couvert de gloire; Votre chute eût valu la plus haute victoire : Et si votre destin n'eût pu vous en sauver, César eût pris plaisir à vous en relever.
Vous n'avez pu former une si noble envie.
Mais quel droit aviez-voiis sur cette illustre vieP Que vous devoit son sang pour y tremper vos mains, Vous qui devez respect au moindre des Romains? Ai-je vaincu pour vous dans les champs de Pharsale? Et, par une victoire aux vaincus trop fatale. Vous ai-je acquis sur eux eu ce dernier effort La puissance absolue et de vie et de mort.' Moi qui n'ai jamais pu la souffrir à Pompée, La souffrirai-je en vous sur lui-même usurpée. Et que de mon bonheur vous ayez abusé • Jusqu'à plus attenter que je n'aurois osé.' De quel nom après tout pensez-vous que je nomme Ce coup où vous tranchez du souverain de Rome? Et qui sur uu seul chef lui fait bien plus d'affront
Que sur tant de milliers ne fit le roi de Pont? Pensez-Tous que j'ignore ou que je dissimule Que vous n'auriez pas eu pour moi plus de scrupule, Et que, s'il m'eût vaincu, votre esprit complaisant Lui fjaisoit de ma tête un semblable présent? ' Grâces à ma victoire, on me rend des hommages Où ma fuite eût reçu toutes sortes d'outrages; Au vainqueur, non à moi, vous faites tout l'honneur. Si César en jouit, ce n'est que par bonheur.
Amitié dangereuse, et redoutable zèle, Que règle la fortune, et qui tourne avec elle! Mais parlez ; c'est trop être interdît et confus.
PTOLOMÉE
Je le suis , il est vrai, si jamais je le fus; Et vous-même avouerez que j'ai sujet de fêtre. ^tant né souverain , je vois ici mon maître : Ici , dis-je, où ma cour tremble en me regardant. Où je n'ai point encore agi qu'en commandant. Je vois une antre cour sous une autre puissance, Et ne puis plus agir qu'avec obéissance.
De votre seul aspect je me suis vu surpris :
Jugez si vos discours rassurent mes esprits; Jugez par quels moyens je puis sortir d'un trouble Que forme le res()ect,que la crainte redouble, Et ce que vous peut dire un prince épouvanté