‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 47 sur 201 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Bientôt parmi le sien.se verra confondu.

Mes esclaves eu sont : apprends de leurs indices L'auteur de l'attentat , et l'ordre, et les complices. Je te les abandonne.

CÉSAR

O cœur vraiment romain , Et digne du héros qui vous donna la main!

Ses mânes, qui du ciel ont vu de quel courage Je préparois la mienne à venger sou outrage, Mettant leur haine bas» me sauvent aujourd'hui Par la moitié qu'en terre il nous laisse de lui. Il vit, il vit encore en l'objet de sa flamme , Il parle par sa bouche , il agit dans son ame. Il la pousse, et l'oppose à cette indignité.

Pour me vaincre par elle en générosité.

GO&ZrÉLIE.

Tu te flattes. César, de mettre eu ta croyance Que la haine ait fait place à la reconnoissance. Ne le présume plus; le sang de mon époux A rompu pour jamais tout commerce entre nous : J'attends la liberté qu'ici tu m'as offerte , Afin de l'employer tout entière à ta perte ; Et je te chercherai par-tout des ennemis. Si tu m'oses tenir ce que tu m'as promis.

Mais, avec oette soif que j'ai de ta ruine.

Je me jette au-devant du coup .qui ^assassine. Et forme des désirs avec trop de raison Pour en aimer l*effet par une trahison :

Qui la sait et la souifre a part à Tinfamie.

Si je veux ton trépas, c'est en juste ennemie: Mon époux a des fils , il aura des neveux :

Quand ils te combattront , c'est là que je le veux; Et qu'une digne main , par moi-même animée, Dans ton champ de bataille, aux yeux de ton armée, T'immole noblement, et par un digne effort, Aux mânes du héros dont tu venges la mort.

Tous mes soins , tous mes vœux , hâtent cette vengeance ; Ta perte la recule , et ton salut l'avance.

Quelque espoir qui d'ailleurs me l'ose ou puisse ofiGrir, Ma juste impatience auroit trop à souffrir:

La vengeance éloignée est à demi perdue; Et , quand il faut l'attendre , elle est trop cher vendue. Je n'irai point chercher sur les bords africains Le foudre souhaité que je vois en tes mains; La tête qu'il menace en doit être frappée.

J'ai pu donner la tienne au lieu d'elle à Pompée : Ma haine avoit le choix ; mais cette haine enfin Sépare son vainqueur d'avec son assassin , Et ne croit avoir droit de punir ta victoire

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