ACTE II, SCÈNE II. i3i
GLÉOPATRE.
Quoi ! je ferois un roi pour être son époux.
Et m'exposer aux traits de sou juste courroux ! N'appreudras-tu jamais , ame basse et grossière, A voir par d'autres yeux que les yeux du vulgaire ? Toi qui connois ce peuple, et sais qu'aux cliamps de
Mars Lâchemeut d'une femme il suit les étendards; Que, sans Antiochus, Tryphon m'eût dépouillée ; Que sous lui son ardeur fut soudain réveillée ; Ne saurois-tu juger que, si je nomme un roi.
C'est pour le commander, et combattre pour moi? J'en ai le choix en main avec le droit d'aînesse; Et, puisqu'il en faut faire une aide à fna foiblesse, Que la guerre sans lui ne peut se rallumer.
J'userai bien du droit que j'ai de le nommer. On ne montera point au rang dont je dévale.
Qu'en épousant ma haine au lieu de ma rivale: Ce n'est qu'en me vengeant qu'on me le peut ravir; Et je ferai régner qui me voudra servir.
LAONICE
Je vous connoissois mal.
CLÉOPATRE
Connois-moi tout entière.
Quand je mis Rodogune en tes niaius prisonnière.
i3a RODOGUNE.
Ce ne fut ni pitié , ni respect de son rang ,
Qui m'arrêta le bras et conserva son sang.
La mort d*Antiochus me laissait sans armée,
Et d'une troupe en hâte à me suivre animée
Beaucoup dans ma vengeance ayant fini leurs jours ,
M*exposoient à son frère, et foible, et sans secours.
Je me voyois perdue à moins d'un tel otage.
Il vint, et sa fureur craignit pour ce cher gage:
n m'imposa des lois , exigea des serments ;
Et moi, j'accordai tout pour obtenir du temps.
Le temps est un trésor plus grand qu'on ne peut croire :
J'en obtins, et je crus obtenir la victoire.
J'ai pu reprendre haleine; et, sous de faux apprêts...
Mais voici mes deux fils que j'ai mandés exprès.
Écoute, et tu verras quel est cet hyménée
Où se doit terminer cette illustre journée.