‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 85 sur 201 · ACTE II, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. i

Où je puis voir briller sur une de tos têtes Ce que j'ai conservé parmi tant de tempêtes, Et vous remettre un bien , après tant de malheurs , Qui m*a coûté pour vous tant de soins et de pleurs. Il peut vous souvenir quelles furent mes larmes Quand Tryphon me donna de si rudes alarmes.

Que, pour ne vous pas voir exposés à ses coups, n fallut me résoudre à me priver de vous.

Quelles peines depuis, grands dieux! n'ai -je souffertes!

Chaque jour redoubla mes douleurs et mes pertes. Je vis votre royaume entre ces murs réduits ; Je crus mort votre père; et , sur un si faux bruit , Le peuple mutiné voulut avoir un maître.

J*eii5 beau le nommer lâche, ingrat, parjure, traître. Il fallut satisfaire à son brutal désir ; Et, de peur qu'il n'en prit, il m'en fallut choisir. Pour vous sauver Tétat que n'eussé^je pu faire.' Je choisis un époux avec des yeux de mère, Votre oncle Antiochus, et j'espérai qu'en lui Votre trône tombant trouveroit un appui.

Mais à peine son bras en relève la chute.

Que par lui de nouveau le sort me persécute ; Maître de votre état par sa valeur sauvé, .

Il s'obstine à remplir ce trône relevé :

i34 RODOGUNE.

Qui lui parle de tous attire sa menace.

Il n*a défait Tryphon que pour prendre sa place ; Et, de dépositaire et de libérateur.

Il s*érige en tyran et lâche usurpateur.

Sa main Ten a puni : pardonnons à son ombre : Aussi-bien en un seul voici des maux sans nombre. Micanor votre père, et mon premier époux...

Mais pourquoi lui donner ejicor des noms si doux, Puisque , l'ayant cru mort, il sembla ne revivre Que pour s'en dépouiller afin de nous poursuivre? Passons; je ne me puis souvenir, sans trembler, Du coup dont j*em péchai qu'il nous pût accabler: Je ne sais s'il est digne ou d'horreur ou d'estime. S'il plut aux dieux ou non, s'il fut justice ou crime; Mais, soit crime ou justice, il est certain, mes fils. Que mon amour pour vous fit tout ce que je fis : Ni celui des grandeurs, ni celui de la vie.

Ne jeta dans mon cœur cette aveugle furie.

J'étois lasse d'un trône où d'étemels malheurs Me combloient chaque jour de nouvelles douleurs. Ma vie est presque usée, et ce reste inutile Chez mon frère avec vous trouvoit un sûr asyle : Mais voir, après douze ans et de soins et de maux , Un père vous ôter le fruit de mes travaux !

Mais voir voti*e couronne, après lui, destinée

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