‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 89 sur 201 · SÉLEUCUS, ANTIOCHUS · texte numérisé non relu

SÉLEUCUS, ANTIOCHUS

SKLEUCUS.

Est-il une constance à l'épreuve du foudre Dont ce cruel arrêt met notre espoir en poudre?

AJTTIOCHUS.

Est-il un coup de foudre à coii parer aux coups Que ce cruel arrêt vient de lancer sur nous?

SÉLEUCUS

O haines , 6 fureurs dignes d'une Mégère!

O femme que je n'ose appeler encor mère!

i4o RODOGUNE.

Après que tes forfaits ont régné pleinement, Ne saurois-tu souffrir qu'on règne innocemment? Quels attraits penses-tu qu^ait pour nous la couronne. S'il faut qu'un crime égal par ta main nous la donne ? £t de quelles horreurs nous doit-elle combler, Si, pour monter au trône, il feut te ressembler!

▲ NTIOCHUS.

Gardons plus de respect aux droits de la nature, Et n'imputons qu'au sort notre triste aventure. Nous le nommions cruel; mais il nous étoit doux, Quand il ne nous donnoit à combattre que nous. Confidents tout ensemble et rivaux Tun de Tautre, Nous ne concevions point de mal pareil au nôtre ; Cependant, à nous voir l'un de l'autre rivaux, Nous ne concevions pas la moitié de nos maux.

SÉLEUCUS

Une douleur si sage et si respectueuse , Ou n'est guère sensible, ou guère impétueuse; Et c*est en de tels maux avoir l'esprit bien fort. D'en connoitre la cause, et l'imputer au sort. Pour moi , je sens les miens avec plus de foiblesse ; Plus leur cause m'est chère, et plus l'effet m'en blesse. Non que pour m'en venger j'ose entreprendre rien; Je donnerois encor tout mon sang pour le sien ; Je sais ce que je dois: mais dans cette contrainte,

Page 1