‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 97 sur 201 · ACTE III, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. i

J'irois jusqu'eo leurs cœurs chercher ma sûreté ! Celles de ma naissance ont horreur des bassesses; Leur sang tout généreux hait ces molles adresses. Quel que soit le secours qu'ils me puissent offrir, Je croirai £ure assez de le daigner souffrir. Je verrai leur amour, j'éprouverai sa force, Sans flatter leurs désirs, sans leur jeter d'amorce ; Et, s'il est assez fort pour me servir d'appui , Je le ferai régner, mais en régnant sur lui.

Sentiments étouffes de colère et de haine, Rallumez vos flambeaux à celles de la reine.

Et d'im oubli contraint rompez la dure loi.

Pour rendre enfin justice aux mânes d'un grand roi ; Rapportez à mes yeux son image sanglante.

D'amour et de fureur encore étincelante.

Telle que je le vis quand tout percé de coups Il me cria : Vengeance l adieu; je meurs pour vous.' Chère ombre , hélas ! bien loin de l'avoir poursuivie , J'allois baiser la main qui t'arracha la vie. Rendre un respect de fille à qui versa ton sang; Mais pardonne aux devoirs que m'impose mon rang : Plus la haute naissance approche des couronnes, Plus cette grandeur même asservit nos personnes ; Nous n'avons point de cœur pour aimer ni haïr : Toutes nos passions ne savent qu'obéir.

i5o RODOGUNE.

Après avoir armé pour venger cet outrage.

D'une paix mal conçue oa m'a faite le gage ; Et moi , fermant les yeux sur ce noir attentat , Je suivois mon destin en victime d'état :

Mais aujourd'hui qu'on voit cette maiu parricide. Des restes de ta vie insolemment avide, Vouloir encor percer ce sein infortuné Pour y chercher le cœur que tu m'avois donné, De la paix qu'elle rompt je ne suis plus le gage ; Je brise avec honneur mon illustre esclavage ; J'ose reprendre un cœur pour aimer et haïr, Et ce n'est plus qu'à toi que je veux obéir.

Le consentiras-tu cet effort sur ma flamme, Toi , son vivant portrait , que j'adore dans l'ame , Cher prince, dont je n'ose en mes plus doux souhaits Fier encor le nom aux murs de ce palais?

Je sais quelles seront tes douleurs et tes craintes ; Je vois déjà tes maux , j'entends déjà tes plaintes : Mais pardonne aux devoirs qu'exige enfin un roi A qui tu dois le jour qu'il a perdu pour moi. J'aurai mêmes douleurs, j'aurai mêmes alarmes; S'il t'en coûte un soupir, j'en verserai des larmes.

Mais, dieux l que je me trouble en les voyant tous deux!

Amour, qui me confonds, cache du moins tes feux ;

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