SCÈNE IL
CLÉOPATEE, LAOIflCE.
CLÉOPATIE.
Laonice, vois-tu que le peuple s'apprête Au pompeux appareil de cette grande fête »î
LAONICE
La joie en est publique, et les princes tous deux Des Syriens ravis emportent tous les vœux : L'un et l'autre fait voir uu mérite si rare Que le souhait confus entre les deux s'égare ' ; Et ce qu'en quelques uns on voit d'attachement ^
1 A quoi se rapporte ce vous î il ne peut se rapporter qu'au recours des impuissants, à cette haine dissimulée dont elle a parlé treize vers auparavant; elle s'entretient donc avec sa haine dans ce monologue : convenons que cela n'est point dans la nature. II régnait dans ce temps-là un faux goût dans toute l'Europe, dont on a eu beaucoup de peine à se défaire : ces apostrophes à ses passions, ces jeux d'espiit« ces efforts qu'os faisait pour ne pas parler naturellement, étaient à la mode en Italie, en Espagne, en Angleterre. Corneille, dans les moments de passion, se livra rarement à ce défaut ; mais il s'y laissa souvent entraîner dans les morceaux de déclamation : le reste du monologue est plein de force, (V.)
* 8*appréie à V appareil est encore un barbarisme. (V.)
3 Le souhait confus n'est pas français. (Y.)
^ Cela forme on concounde syllabes trop dures. lY-l
i:S6 RODOGUN£.
N*est qu^uii feible ascendant d*un premier mouvement i . Ils penchent d*un côté, prêts à tomber de Tautre * : Leur cboix pour s'affermir attend encor le vôtre; Et de celui qu'ils font ils sont si peu jaloux, Que votre secret su les réunira tous.
CLÉOPATBE.
Sais-tu que mon secret n'est pas ce que Ton pense?
LAONICE
Xattends avec eux tous celui de leur naissance.
CLÉOPATBE.
Pour un esprit de cour, et nourri chez les grands, Tes yeux dans leurs secrets sont bien peu pénétrants s. Apprends, ma confidente, apprends à me conuoltre. Si je cache en quel rang le sang les a fuit naître s Vois, vois que, tant que Tordre en demeure douteux. Aucun des deux ne règne, et je règne pour eux : Quoique ce soit un bien que Tun et l'autre attende. De crainte de le perdre aucun ne le demande ; Cependant je possède, et leur droit incertain Me laisse avec leur sort leur sceptre dans la main'' :
1 N'est qu'on faible ueendant d'an premier raouTement,
est impropre ; l'ascendant veut dire la supériorité ; un mouvement n'a pas d'ascendant : on ne peut s'exprimer ni avec moins d'élégance, ni avec moins de correction, ni avec moins de netteté. (Y.)
t Ht penchent d'un c6té, prêts i tomber de l'autre ,
ne signifie pas ce que l'auteur veut dire , se déclarer pour un des deux princes : le mot de tomber est impropre; il ne signifie jamais qu'une chute, excepté dans cette phrase, ^e tombe d'accord. (Y.|
S Pour un esprit de cour, et nourri chez les grands.
Tes yeux dans leurs secrets sont bien peu pénétrants ,
n'est pas le langage d'une reine. Esprit de cour est une expression bourgeoise; d'ailleurs pourquoi Cléopâtre dit-elle tout cela à sa confidente! elle ne l'emploie à rien ; et, pour une si grande politique* Cléopâtre parait bien imprudente de dire ainsi son secret inutilement.
k C'est ainsi qu'on s'exprimerait si on voulait dire qu'ils ignorent leurs parents; mais je cache leur rang n'exprime pas 7> cache qui dei deux a le droit d'aînesse, et c'est ce dont il s'agit. (V.)
• Je possède demande un régime : jouir est neutre quelquefois ; pot-