‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 110 sur 377 · ACTE II, SCENE IV. ISt · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV. ISt

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AimOCBUS.

Je yois bies plus eacor, je vois qo*ellc est nM mère ;

Et plus je Tois son crime indigne de ce rang*,

Plus je lui vois souHler ht source de num sang.

Teu sens de ma douleur croître la videiice;

Mais ma confusion m'impose le ^lenoe,

Lorsque dans ses forfaits sur nos fronts imprimés

Je vois les traits botitem dont nous sommes formés*.

Je t&che à cet objet d'être aveugle on stupide;

rose me déguiser jusqu'à son parricide;

Je me cache à moi-même un exeès de malheur

Où notre ignominie égale ma douleur;

Et, détournant les yeux d*nne mère emélle»

J'impute tout au sort qui m*a fait naître d'elle.

Je conserve pourtant encore un peu d*espefr : Elle est mère, et le sang a beaucoup de pouvoir; Et le sort Teût-il faite encor plus inhumaine. Une larme d'un fils peut amollir sa haine *.

SÉLEUCtTS.

Ah! mon frère, Tamour n'est guère véhément

Pour des ûis élevés dans un bannissement,

Et qu'ayant fait nourrir presque dans Tesdavage

Elle n'a rappelés que pour servir sa rage.

De ses pleurs tant vantés je découvre le fard ♦ ;

* Ce mot de rang ne convient point à mère : on n'a point le rang de mère comme on a le rang de reine. { V.)

2 On n'est point formé de traits, et les forfaits ne s'impriment point sur le front. (V.)

' Il n'est peut-être pas bien naturel qu'Antiocbns dise qu'une larme peut changer le cœur ^ Cléopâtre , après qu'elle lui a proposé de 'i^g-froid le plus grand des crimes ; mais ce contraste du caractère d'Antiochus avec celui de Séleucus est si beau, qu'on aime cette petite illusion que se fait le cœur vertueux d'Antiochus. ( V.)

^ Le fard des pleurs est des plus impropres. On peut demander pourquoi on a dit avec succès , le faste des pleurs^ pour exprimer l'ostentation d'une douleur étudiée, et que le mot de fard n'est pas recevablc : c'est qu'en effet il y a de l'ostentation, du faite, dans l'ap-

Nous avons en son cœur vous et moi peu de part : Elle fait bien sonner ce grand aniour de mère i ; Mais elle seule enfin s^aime et se considère , Et quoi que nous étale un langage si doux, Elle a tout fait pour elle, et n'a rien fait pour nous. Ce n'est qu'un faux amour que la haine domine; Nous ayant embrassés, elle nous assassine. En veut au eber objet dont nous sommes épris. Nous demande son sang, met le trône à ce prix. Ce n'est plus de sa main qu'il nous le faut attendre; Il est, il est à nous si nous osons le prendre : Notre révolte ici n'a rien que d'innocent ; Il est à l'un de nous si l'autre le consent * : Régnons, el son courroux ne sera que foiblesse ; C'est l'unique moyen de sauver la princesse : Allons la voir, mon frère, et demeurons unis; C'est l'unique moyeu de voir nos maux finis. Je forme un beau dessein, que son amour m'inspire; Mais il faut qu'avec lui notre union conspire : Notre amour, aujourd'hui si digne de pitié. Ne sauroit triompher que par notre amitié.

ANTIOCHUS

Cet avertissement marque une défiance

Que la mienne pour vous souflre avec patience.

Allons, et soyez sûr que même le trépas

Ne peut rompre des nœuds que l'amour ne rompt pas.

pareil d'une douleur qu'on étale ; mais on ne peut mettre réellement du fard sur des larmes : cette figure n'est pas juste , parcequ'elle n'est pas vraie. (V.)

1 Cette expression est trop triviale ; de plus, il ne faut pas une grande pénétration pour deviner qu'une femme si criminelle ne travaille que pour elle seule. ( V.)

* Le consent n'est pas français ; mais ce seul vers suffit pour démontrer combien Cléopâtre a été imprudente avec ses deux enfants.

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