ORONTE
Notre fuite, madame, est assez difficile : J'ai vu des gens de guerre épandus par la ville. Si l'on veut votre perte, on vous fait observer; Ou, s'il vous est permis encor de vous sauver. L'avis de Laonice est sans doute une adresse *;
1 Au lieu d'une situation tragique et terrible, que la fureur de Cléopâtre faisait attendre, on ne voit ici qu'une scène de politique entre Rodogune et Tambassadeur Oronte. Rodogune a deux grands objets, son amour et la haine de Cléopfttre : ces deux objtts ne produisent ici aucun mouvement; ils sont écartés par des discours de politique. On a déjà observé que le grand art de la tragédie est que le cœur soit toujours frappé des mêmes coups, et que des idées étrangères n'affaiblissent pas le sentiment dominant. Cet Oronte, qui ne paraît qu'au troisième acte, lui dit quHl auroil perdu l'esprit s'il lui conseillait la résistance; et il lui conseille de faire l'amour politiquement. Mais d'où sait-il que les deux fils de Cleo pâtre aiment Rodogune! Les deux frères avaient été jusque-là si discrets, qu'ils s'étaient caché l'un à Tautre leur passion ; conunent cet ambassadeur peut-il donc en parler comme d'une chose publique! et si l'ambassadeur s'en est aperçu, comment leur mère l'a-t-elle ignorée! (V.) — Il vient de l'apprendnî de Laonice à l'instant même. C'est en sa présence que Laonice vient de dire à Rodogune :
Au re»te, assurez-vous de l'amour des deux princes ;
Plutôt que de vous perdre ils perdront leurs provinces. (P.)
* Pourquoi cet inutile Oronte, qui croit parler ici en ambassadeur fort adroit, soupçonne>t-il que l'avis «st faux, et que c'est un piège
Feignant de vous servir elle sert sa maîtresse. La reine, qui surtout craint de vous voir régner. Vous donne ces terreurs pour vous faire éloigner; Et pour rompre un bymen qu'avec peine elle endure, Elle en veut à vous-même imputer la rupture. Elle obtiendra par vous le but de ses souhaits, Et vous accusera de violer la paix ; Et le roi, plus piqué contre vous que contre elle. Vous voyant lui porter une guerre nouvelle, Blâmera vos frayeurs et nos légèretés.
D'avoir osé douter de la foi des traités; Et peut-être, pressé des guerres d'Arménie, Vous laissera moquée, et la reine impunie.
A ces bonteux moyens gardez de recourir. C'est ici qu'il vous faut ou régner ou périr. Le ciel pour vous ailleurs n'a point fait de couronne ; Et Ton s'en rend indigne alors qu'on Tabandonne.
Ah ! que de vos conseils j'aimerois la vigueur Si nous avions la force égale à ce grand cœur ! Mais pourrons-nous braver une reine en colère Avec ce peu de gens que m'a laissés mon frère?