‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 138 sur 377 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CLÉOPATRE

Que tu pénètres ma} le^fond de moa^eouNk^e!

Si je verse des pleurs, ce sont des pleurs de rage ;

Et ma haine, qii*«n vain tu crois s'évanoair.

Ne les à fait couler qv^afin de t'éblouir.

Je ne veux plus que moi dedans ma confidence '.

Et toi, crédule amant, que charme Tapparence,

Et dont Tesprit léger s'attache avidement

Aux attraits captieux de mon déguisement.

Va, triomphe en idée:avcc ta Bodogme,

Au sort des immortels préfère ta fortune,

Tandis que, mieux instruite en Fart de me venger.

En de nouveaux malheurs je saurai te plonger.

Ce n'est pas tou| d'un coup qve tant 4*orgueil trébuche ' :

1 On dit qu'au, théâtre on n'aioM pas les scélérat;. II n'y a point de criminelle plus odieuse que Cléopfttce, et cependant on se plait à la voir; du moins le parterre, qui n'est pas toujours composé de connaisseurs sévères et délicats, s'est laissé subjuguer quand une actrice imposante a joué ce rôle : elle ennoblit f horreur de son caractère par la fierté des traits doMt Corneille lapeiat ; on ne lui patëenne pasi, wttia on attend avec inpatienoe ce qu'elle fera Après avoir? prmnis.Rodogme et le trône à son filsÂaliochas. Si Corneille a manqué à sonjart dans les détails, il a rempli le grand projet de tenir les esprils en suspens» et d'arranger tellement les événements, qive personne ne peut deviner le dénouement de cette tragédie. (Y,^

s On a déjà dit qu'il faut dans^ et non pas dedans. Mais pourquoi ne veut-elle plus de confidente! et pourquoi s'est-elle confiée! Elle ne Je dit pas. (V.)

8 Tre2»ucAern'a jamais été du style noble. (V.) — Pourquoi limiter toujours le nombre des mots qui peuvent entrer dans le style noble t Nous croyons qu'il en est bien peu qui, habilement employés, ne puissent entrer dans im beau vers. Opposons, une fois pour toutes, aux étemels scrupules de Voltaire une autorité qui doit avoir d'autant plus (le poids que c'est un grammairien qui défend les droits de la poésie. L'abbé d'Olivet, en faisant remarquer la construction hardie de ces deux vers d'Bsther,

Quand sera le voile arraché Qui sur tout Tanivers jette une nuit si sombre,

Page 1