‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 150 sur 377 · ACTE V, SCÈNE IV. Î · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV. Î

Voilà le coup fatal que je craignoîs dans rame, Voilà le désespoir où Ta réduit sa iamme. Pour vivre en tous perdant il aveit trop d*Sini<rar, Madame, et de sa main il s'est privé du jour.

TnMGÂire, iaéopftire.

Madame, il apadé; sa main est iufiooeiite.

CtBOPATBS, iTittagène.

La tienne «st donc eonpable, et ta rage insolente f. Par une lâcheté qu*on ne peut égaler.

L'ayant assassiné, le fiût eneor parler!

AimOCHUS.

Timagène, senArez la douleur d'une mère. Et les premiers soupçons d'une aveugle colère. Gomme ce coup fatal U^ point d'autres témoins. J'en ferois autant qu'elle, à vous eonnoltre moins *. Mais que vous a^t-il dit? achevez, je vous prie.

hhagénb.

Surpris d'un tel spectacle, à Ttustant je m'écrie; Et soudain à mes cris, ce prince, en soupirant, Avec assez de peine entr'ouvre un œil mourant; Et ce reste égaré de lumière incertaine Lui peignant son cher frère au lieu de Timagène, Rempli de votre idée, il m'adresse pour vous Ces mots où ramiUé règne sur le courroux :

« Une main qui nous fut bien chère « Venge ainsi le refus d'un coup trop inhamain ^

1 Je ne sais s'il est bien adroit à Cléopâtre d'accuser s«r-le-chainp Timagène ; mais, comme elle craint d'être accusée, elle se hâte de faire retomber le soupçon sur un autre, quelque peu vraisemblable que soit ce soupçon : d'aillcnira son trouble est une excuse. On peut remarquer qiie quûkd Timagène dit que Séleucus a parlé en mourant, la reine lui té^omd : Cas/ donc toi qui Vas tué ! Ce n'est pas une conséquence : il afmrléf donc Xs Va» tuà. (V.)

< Cet à n'est pas français ; il faut, n je vous connaissais moins ; mais pourquoi soupçonnerait-il Timagène! ne devrait-il pas plutôt soupçonner Cléopâtre. qu'il sait être capable de tout! (Y.)

8 Plusieurs critiques ont trouvé qu'il n'est pas naturel que Séleucus eti mourant ait prononcé quatre vers entiers sans nommer sa mère ; ils disent que cet art!flce est trop ajusté au théâtre; Ils prétendent que, «*il a été fmpj>é 4 la poitrine par sa mère, il devait se déftondre ; qu'un prince na se laisse pas tuar ainsi ^^ une ftome; et que, tf*!! « été

<f Régnez; et surtout, mou cher frère,

« Gardez-vous de la même main.

« C'est... » La parque à ce mot lui coupe la parole; Sa lumière s*éteint, et son ame s'envole : Et moi, tout effrayé d*un si tragique sort, J*accours pour vous en faire un funeste rapport.

ANTIOCHUS

Rapport vraiment funeste, et sort vraiment tragique,

Qui va changer en pleurs Tallégrcsse publique.

O frère plus aimé que la clarté du jour!

O rival aussi cher que m'étoit mon amour !

Je te perds, et je trouve en ma douleur extrême

Un malheur dans ta mort plus grand que ta mort même.

O de ses derniers mots fatale obscurité.

En quel gouffre d* horreur m'as-tu précipité!

Quand j'y pense chercher la main qui Tassassine,

Je m'impute à forfait tout ce que j'imagine;

Mais aux marques enfin que tu m'en viens donner,

Fatale obscurité ! qui dois>je en soupçonner?

« Une main qui nous fut bien chère! » Madame, est-ce la vôtre, ou celle de ma mère < ?

Msassiné par un autre, envoyé par sa mère, il ne doit pas dire que c>st une main chère; qu^enfin Antiochus, au récit de cette aventure, devrait courir sur le lieu. C'est au lecteur à peser la valeur de toutes ces critiques. La dernière critique surtout ne souffre point de réponse ; Antiochus aimait tendrement son frère ; ce frère est assassiné, et Antiochus achève tranquillement la cérémonie de son mariage. Rien n'est moins naturel et plus révoltant. Son premier soin doit être de courir sur le lieu, de voir si en effet son frère est mort, si oh peut lui donner quelque secours ; mais le parterre s'aperçoit 4 peine de cette invraisemblance : il est impatient de savoir comment Cléopâtre se justifiera. (V.)

1 II n'y a point de situation plus forte ; il n*y en a point où Ton ait porté plus loin la terreur, et cette incertitude effrayante qui serre Famé dans l'attente d'un événement qui ne peut être que tragique. Ces mots terribles :

Une main qui nous fut bien chère...

Madame, est-ce la vôtre, ou celle de ma mère?

ces mots font frémir ; et ce qui mérite encore plus d*éloges, c'est que la situation est aussi bien dénouée qu'elle est fortement conçue. Cléo« pâtre avalant elle-même le poison préparé pour son fils et pour Rodogune, et se flattant encore de vivre assez pour les voir périr avec elle.

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