‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 154 sur 377 · ACTE V, SCENE IV. ÎH · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV. ÎH

Et soit amour pour moi, soit adresse pour elle *, Ce soin la fait paroitre un peu moins criminelle. Pour moi, qui ne vois rien, dans le trouble où je suis, Qu*ua gouffre de malheurs, qu'un abime d'eniuiii, Attendant qu'en plein jour ces vérités paroissent, J'en laisse la vengeance aux dieux qui les connoissent. Et vais sans plus tarder...

Seigneur, voyez ses yeux Déjà tout ^arés, troubles, et furieux, Celte affreuse sueur qui court sur son vidage. Cette gorge qui s'enfle. Ah ! bons dieux ! quelle rage ! Pour vous perdre après elle, elle a voulu périr.

ANTIOCHUS , rendant la eoupe i Laeniee on i qaelqiM autre.

N'importe, elle est ma mère, il faut la secourir.

ÇLEOPATKB.

Va, tu me veux en vain rappeler à la vie; Ma haine est trop fidèle, et m'a trop bien servie : Elle a paru trop tôt pour te perdre avec moi ; C'est le seul déplaisir qu'en mourant je reçoi : Mais j'ai cette douceur dedans cette disgrâce * De ne voir point régner ma rivale en ma place. RègDe; de crime en crime enfin te voilà roi. Je t'ai défait d'un père, et d'un frère, et de moi : Paisse le ciel touç deux vous prendre pour victimes» Et laisser dioir sur vous les peines de mes ertnesl PoissiesMPous ne troiiiver dedans votre nnien Ou*borreur, que jalousie, et que conftision f Et, pour vous souhaiter tbus les malheurs ensemble^ Puisse naître de vous un fils qui me ressemble!

AMTIOCHUS.

Ah! vivez pour duuiger cette haine ea^ amour.

CLÉorAxmB.

Je mandirois les dieux s'ils me readoient le jour.

^ Soil adresse pour elle n*estpft9 flraitçais; otk ne iteut pas dir«, >'at de l'adrmss pour moi : il fallait peat-êtie dira, soit intérêt pour elle.

iV.)

> Disgracs paratt un mot trop faible dans une aventure si effroyable ; ▼oUà «eque la nécesaité de la rime entraiBe : dans ce» oeoasioos, il faut diaoger lee-deux riniM. (V.)

Qu'on m'emporte d'ici : je me meurs. Laonice, Si tu veux m'obliger par un dernier service, Après les vains efTorts de mes inimitiés, Sauve-moi de Taffront de tomber à leurs pieds.

( Elle s'en va, et Laonice lui aide à marcher.) ORONTR.

Dans les justes rigueurs d'un sort si déplorable S Seigneur, le juste ciel vous est bien favorable : Il vous a préservé, sur le point de périr. Du danger le plus grand que vous puissiez courir; Et par un digne effet de ses faveurs puissantes, La coupable est punie et vos mains innocentes.

ANTIOCHUS

Oronte, je ne sais, dans son funeste sort.

Qui m'afflige le plus, ou sa vie, ou sa mort;

L'une et l'autre a pour moi des malheurs sans exemple :

Plaignez mon infortune. Et vous, allez au temple

Y changer l'allégresse en un deuil sans pareil,

La pompe nuptiale en funèbre appareil,

Et nous verrons après, par d'autres sacrifices.

Si les dieux voudront être à nos vœux plus propices «.

t L'ambassadeur Oronte n'a joué dans toute la pièce qu'un rôle insipide, et il finit l'acte le plus tragique par les plus froids compliments. (V.) f

S Rodogune ne ressemble pas plus à Pompée que Pompée à Cinna. et Cinna au Cid. C'est cette Tariété qui caractérise le vrai génie. Le sujet en est aussi grand et aussi terrible que celui de Théodore est bizarre et impraticable. Il y eut la même rivalité entre cette Rodogune et celle de Gilbert, qu'on vit depuis entre la Phèdre de Racine et celle de Pradon. La pièce de Gilbert fut jouée quelques mois avant celle de Corneille, en 1645 ; elle mourut dès sa naissance, malgré la protection de Monsieur, frère de Louis XIII, et lieutenant-général du royaume, à qui Gilbert, résident de la reine Christine, la dédia. La reine de Suède et le premier prince de France ne soutinrent point ce mauvais ouvrage, comme depuis l'hôtel de Bouillon et l'hôtel do Nevers soutinrent la Phèdre de Pradon. En vain le résident présente à Son Altesse royale, dans son épttre dédicatoire, la généreuse Rodo» gunej femme et mère des deux plus grands monarques de l'Asie ; en vain compare-t^il cette Rodogune à Monsieur, qui cependant ne lui ressemblait en rien : ce mauvais ouvrage fut oublié du protecteur et du public. Le privilège du résident pour sa Rodogune est du 8 jan-

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