‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 156 sur 377 · II · texte numérisé non relu

II

Clcopâtrfe a Keu d^attettd ne ce jour-là à faire conûaence à Laonice de ses desseins et des Téritables raivoBs de tont ce qu'elle a fait. Elle eût pu trahir son secret aux princes Ou à Rodogune, si elle Teût su plus i6i^ et cette ambitieuse Mère ne lui en fait part qu'an moment qu'elle >^eut bien qu'il éclate, par la cruelle proposition quelle ya faire à ses fii«. On a trouTé celle que Rodogune leur fait à sOn tour itidigïiè d'une personne vertueuse, comme. je la peins; mais On n'a pas considéré qu'eue ne la fait pas, comme Gl.éopàtre, avec espoir de la voir exécuter par les princes, mais seulement pour s'exempter d'en choisir aucun, et les attacher tous deux à sa protection par une espérance égale. Elle étt)il avertie par Laonice de celle que la reine leur avoit faite^ et dcvoit prévoir que, si elle se fèl déclarée pour Antiocfans qu'elle aimoit, son ennemie, qui avoit seule le secret de leur naissance, n'eût pas manqiré de nommer Séleueus pour ahic, afin de les commettre l'un contre l'autre, et d'exciter une guerre civile qui eût pu causer sa perte. Ainsi elle devoit s'exempter de choisir, pour les contenir tous deux dans l'éga^ litc de prétention, et elle n'en avoit point de meillear mo]fen que de rappeler le souvenir de ce qu'elle devoit à la mémoire de leur père, qui avoit perdu la vie pont* elle, et leur fiiire cette proposition qu'elle savoit bien qu'ils n'accepteroient pas. Si le traité de paix l'avoit forcée à se départir de ce juste sentiment de reconnoissance, la liberté qu'ils lui rendoient la rejetoit dans cette obligation. Il étoil de son devoir de venger cette mort ; mais il et oit de celui des princes de ne se pas charger de cette vengeance. Elle avoue eHe-^méme à Anttochus qu'elle les haîroit, s'ils lui avoient obéi; que, comme elle a fait ce qu'elle a dû par celte demande, ils font ce qu'ils doivent par leur refus ; qu'elle aime trop la vertu pour vouloir être le prix d'un crime, et que la justice qu'elle demande de la mort de leur père seroit un parricide, si «île la recevoit de leurs mains.

Je dirai plus : quand cette propotition seroit tout à fait condamnable en sa bottehe> elle mériteroit quelque girace, et pour l'éclat que la nouveauté àt l'inventimi <a ftiit an tfaéàtirt. et pour l'embarras surprenant où elle jette les |^ittce»%

pour Teffet qu^elle produit dans le resie de la pièce, qu^elle conduit à Taction historique. Elle est cause que Séleucus, par dépit, renonce au trône et à la possession de cette princesse ; que la reine, le voulant animer contre son frère, n'en peut rien obtenir, et qu'enfin elle se résout par désespoir de îes perdre tous deux, plutôt que de se voir sujette de son ennemie.

Elle commence par Séleucus, tant pour suivre Tordre de l'histoire, que parceque,' s'il fût demeuré en vie après Aniiochus et Rodogune, qu'elle vouloit empoisonner publiquement, il les auroit pu venger. Elle ne craint pas la même chose d'Antiochus pour son frère, d'autant qu'elle espère que le poison violent qu'elle lui a préparé fera un effet assez prompt pour le faire mourir avant qu'il ait pu rien savoir de cette autre mort, ou du moins avant qu'il l'en puisse con> vaincre, puisqu'elle a si bien pris son temps pour l'assassiner, ipie ce parricide n'a pas eu de témoins. J'ai parlé ailleurs de l'adoucissement que j'ai apporté pour empêcher qu'Antiochus n'en commit un en la forçant de prendre le poison qu'elle lui présente, et du peu d'apparence qu'il y avoit qu'un moment après qu'elle a expiré presque à sa vue, il parlât d'amour et de mariage à Rodogune. Dans l'état où ils rentrent derrière le théâtre, ils peuvent le résoudre quand ils le jugeront à propos. L'action est complète, puisqu'ils sont hors de péril ; et la mort de Séleucus m'a exempté de développer le secret du droit d'aînesse entre les deux frères, qui d'ailleurs n'eût jamais été croyable, ne pouvant être éclairci que par une bouche en qui l'on n'a pas vu assez de sincérité pour prendre aucune assurance sur son témoignage.

FIN DE lODOGUNS.

HERACLIUS

TRAGEDIE

A MONSEIGNEUR SÉGUIEB,

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