‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 174 sur 377 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

Son bonheur est le mien, madame; et je tous donne Léonce et Martiaa en la nème personne ; Cest Martian en lui que vous favorisez >. Opposons k» constance aux périls opposés '. Je vais près de Phocas essayer la prière ; Et si je n'eu obtiens la grâce tout entière *, Malgré le nom de père, et le titre de fils, Je deviens le plus graad de tous ses «naernis. Oui, si sa cruauté s^ofestine à votre perte, Tirai, pour Tempêcher, jusqu'à la force ouverte, Et puisse, si le ciel m'y voit rien épargner, Un faux Héraclius en ma place régner ^ ! Adieu, madame.

PULCHÉRIE

Adieu, prince trop magnanime,

( fléradins t'«a va, et Pald^rie coalinae.)

Prince digne en eiet d'un trôae acquis sans crime. Digne d'un autre père. Ah, Phocas ! ah, tyran ! Se peut-il que ton sang ait formé Martian ?

Mais allons, cher Léonce, admirant son courage, Tâcher de notre part à repousser l'orage. Tu t'es Élit des amis, je sais des mécontents : Le peuple est ébranlé, ne perdons point de temps; L'honneur te le commande, et l'amour t'y convie.

1 Cela veut dire, pour le spectateur, qu'HéracHus, cru Martian, voit 4an8 Léonce un autre lui-même ; et cela vent dire aussi , dans Tesprit de l'auteur, que Léonce est le vrai Martian : c'est ce qui se débrouillera par la suite, et ce qui est ici un peu embrouillé; mais un spectateur bien attentif peut aimer à deviner cette énigme. (V.)

t Cet opposés est de trop, c'est une figure de mots inutile ; de plus, ce n^est pas le mot propre : les périls menacent, les obstacles s'opposent. (V.

Ce vers est obscur; il va trouver Phocas, et, sHl n'en obtient la çrace; il semble que ce soit la grâce de Phocas. Il eût fallu dire aussi ce que c*est que cette grâce tout entière, puisqu'on n'a pas encore parlé de grâce. (V.

^ Il n'a point été question dans cette scène à^un/auz Héraclius. Cette imprécation forcée, à laquelle on ne s'attend point, n'est là que pour rappeler le titre de la pièce, et pour faire souvenir qu'Héraclius est le sujet de la tragédie. (V.

252 HÉRACLIUS

HARTIAN.

Pour Otage eu ses mains ce tigi^e a votre vie ;

Et je n'oserai rien qu'avec un juste effroi

Qu'il ne venge sur vous ce qu'il craindra de moi •.

PULCRÉRIE.

N'importe; à tout oser le péril doit contraindre.

Il lie faut craindre rien quand on a tout à craindre «.

Allons examiner pour ce coup généreux

Les moyens les plus prompts et les moins dangereux >.

t On ne venge point ce qu'on craint, on le prévient, on Vëcarte, on le détourne, on s'y oppose : point de bons vers sans le mot propre; il fant l'exactitude de la prose avec la beauté des images, l'harmonie des syllabes, la hardiesse des tours, et l'énergie de l'expression, c'est ce qu'on trouve dans plusieurs morceaux de Corneille. (Y.)

> Cette sentence parait quelque chose de contradictoire ; elle est cependant au fond d'une très grande vérité ; elle signifie qu'il faut tout hasarder, quand tous les partis sont également dangereux. Il eût fallu, je crois, éviter le jeu de mots et l'antithèse, qui reviennent trop sou— vent. (V.)

3 Pulchérie va donc conspirer de son côté. On a donc lieu d'être surpris qu'elle ne soit pas dans le secret , puisque la fille de Maurice doit avoir du pouvoir sur le peuple, et mettre un grand poids dai)S la balance ; mais il faut ke livrer à Tintrigue et aux ressorts que l'auteur a choisis. V.

Page 1