‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 175 sur 377 · LÉONTINE, EUDOXE · texte numérisé non relu

LÉONTINE, EUDOXE

LÉONTINE

Voilà ce que j'ai craint de son ame enOammée >.

EUDOXE

S'il m'eût caché son sort, il m'auroit mal aimée >.

LÉONTINE

Avec trop d'imprudence il vous l'a révélé. Vous êtes fille, Eudoxe, et vous avez parlé • : Vous n'avez pu savoir cette grande nouvelle Sans la dire à Toreille à quelque ame infidèle ^, A quelque esprit léger, ou de votre heur jaloux, A qui ce grand secret a pesé comme à vous. Gest par là qu'il est su, c'est par là qu'on publie Ce prodige étonnant d'Héraclius en vie ; C'est par là qu'un tyran, plus instruit que troublé De l'ennemi secret qui l'auroit accablé ^,

1 Le spectateur ne peut savoir d*abord que c'est Léontine quiparle, et que c'est cette même Léontine , autrefois gouvernante d'Héraclius et de Martian ; il serait peut-être mieux qu'on en fût informé d'abord. Il faut que tous ceux qui assistent à une pièce de théâtre connaissent tout d'un coup les personnages qui se présentent, excepté ceux dont l'intérêt est de cacher leur nom. (V.

s Qui! de qui parle-trelle! c'est une énigme. Mal aimée, expression trop triviale. (V.

3 On voit assez que cela est trop comique. Corneille a-t-il voulu faire parler cette gouvernante comme une bourgoise qui a conservé le ton bourgeois i la court Cela est absolument indigne de la tragédie.

^ Voilà la même faute ; et dire à l'oreille à une ame ! on ne peut s'exprimer plus mal. (Y.

5 Cela n'est pas français. Instruit d'un ennemi, troublé d'un ennemi ce sont deux barbarismes et deux solécismes à la fois dans un seu. vers. (V.)

254 HËRAGLIUS.

Ajoutera bientôt sa mort à tant de crimes i,

Et se sacrifiera pour Bouvelies victimes

Ce prince dans son sein pour son fils élevé,

Vous qu'adore son ame, et moi qui Tai sauvé.

Voyez combien de maux pour n'avoir su vous taire *!

EUDOXB.

Madame, mon respect souffre tout d'une mère, Qui, pour peu qu'elle veuille écouter la raison, Ne m'accusera plus de cette trahison ' ; Car c'en est une enfin bien digne de supplice^ Qu'avoir d'un tel secret donné le moindre indice \

LÉONTIKB.

Et qui donc aujourd'hui le foit coanoltre 4 tous ? Est-ce le prince, ou moi ?

lUDOXE.

Ni le prince, ni tous.

De grâce, examinez ce bruit qui vous alarme. On dit qu'il est en vie, et son nom seul les charme : On ne dit point comment vous trompâtes Phocas, Livrant un de vos fils pour ce prince au trépas^ Ni comme après, du sien étant la gouvernante. Par une tromperie encor plus importante ^

1 Par constttiction, ^tst la mort de Phocas ; pas 1« «eiis, c*ât celle de Maurice. Il faut que 1& fyntsxt et Xt wts sdient toujonrs d^accord.

t Cte ref» est e^ort bourgeois ; inais les prtcédeàts softt nobles ,. exacts, bien tournés, forts, précis, et digues de ComdMe. (V.)

5 Cela Ht donne pas d*abord une haute opinion de Léontine. Cette femme, qui conduit toute rintrtgwc, commence par se tromper, par accuser sa fille mal à propos : cHtt ftorasation méntie est absolument inutile pour l'intelligence et pour rîntétét de la pièce. Léontine comflienee son r6)e par une méprîse et par d<es expfessions indignes taèÈae de la comédie. (V.)

^ Le mot de awpptieê paraît trop fort : et d^e de supplice n>st pas français; c'est un barbarisme. (T.)

6 II faut absolument que d*avoir : e'eet une trahison que d^aveir donné un indice. Trahison qu'avoir donné est un solécisme. (V.)

^ Cm mots, étant la gouvernante auprès * du sien, et tromperie y. sont comiques et bas, et ne donnent pas de Léontine une assez haute idée, y oyez comme dans Athalie le rOte de Josabet est ennobli ,

Aucune des éditions publiées du Tivant de Corneille ne porte auprès.

Page 1