‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 178 sur 377 · ACTE II, SCENE II. 2S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. 2S

Pour éviter Tinceste, elle n'a que la mort.

Jugez s'il n'est pas temps de montrer qui nous sommes,

De cesser d'être fils du plus méchant des hommes,

D'immoler mon tyran au péril de ma sœur,

Et de rendre à mon père un juste successeur.

LÉONTINE

Puisque vous ne craignez que sa mort, ou Tincestc, Je rends grâce, seigneur, à la l)onté céleste De ce qu'en ce grand bruit le sort nous est si doux i Que nous n'avons encoi* rien à craindre pour vous. Votre courage seul nous donne lieu de craindre : Modérez-en l'ardeur, daignez vous y contraindre; Et, puisque aucun soupçon no dit rien à Phocas, Soyez encor son fils, et ne vous montrez pas. De quoi que ce tyran menace Pulchéric, J'aurai trop de moyens d'arrêter sa furie'. De rompre cet hymen, ou de le relarder. Pourvu que vous veuillez ne vous point hasarder. Répondez-moi de vous, et je vous réponds d'elle.

HÉRACLIUS

Jamais l'occasion ne s'offrira si belle. Vous voyez un grand peuple à demi révolté, Sans qu'on sache l'auteur de cette nouveauté. Il semble que de Dieu la main appesantie. Se faisant du tyran l'effroyable partie 3,

1 Un sort qui est doux en un grand bruit; ces façons de parler obscures, impropres, gauches, tiiviales, incorrectes, indignent un lecteur qui a de l'oreille et du goût. Le parterre ne s*en aperçoit pas ; il se livre uniquement à la curiosité de savoir comment tout se démêlera.

i Ce discours de Léontine inspire une grande curiosité; je ne sais s'il ne dégrade pas un peu Héraclius , et même Pulcliérie. Bien des gens n'aiment pas à voir les fils d'un empereur dépendre entièrement d'une gouvernante, qui les traite comme des enfants, et qui ne leur permet pns de se mêler de leurs propres affaires : c'est au lecteur à juger de la valeur de cette critique. Le mal est encore que cette Léontine, qui dit avoir tant de moyens , n'a efTectivement aucun moyen dans le cours de la pièce, hors un billet dont l'empereur peut très bien se saisir. (Y.) — Phocas ne peut pas s'en saisir, puisqu'il en ignore l'existence. (P.)

* Les termes les plus bas deviennent quelquefois les plus nobles.

2» HÉRAGUUS.

Veuille avancer par là son Juste châthnent ;

Que, par un si grand bruit semé confusément,

Il dispose les cœurs à prendre un nouveau maître,

Et presse Héraclius de se faire connoltre.

C*est à nous de répondre à ce qn'il en prétend ^ :

Montrons Héraclius au peuple qui l'attend ;

Évitons le )iasard qu'un imposteur Tabuse,

Et qu'après s'être armé d'un nom que je refuse,

De mon trône, à Phocas sous ce titre arraché.

Il puisse me puuir de m'étre trop caché.

Il ne sera pas temps, madame, de lui dire

Qu'il me rende mon nom, ma naissance et l'empire.

Quand il se prévaudra de ce nom déjà pris

Pour me joindre au tyran dont je passe pour fils.

LÉONTINE

Sans vous donner pour chef à cette populace, Je romprai bien encor ce coup, s'il vous menace : Mais gardons jusqu'au bout ce secret important; Fiez-vous plus à moi qu'à ce peuple inconstant. Ce que j'ai fait pour vous depuis votre naissance Semble digne, seigneur, de celte conUance : Je ne laisserai point mon ouvrage imparfait :

soit par la place où ils sont mis, soit par le secours d'une épithète heureuse. La partie est un terme de chicane ; la main de Dieu appesantie, qui devient Veffroyahle partie du tyran , est une idée terrible. On pourrait incidenter sur une main qui se fait partie; mais c'est ici que la critique des mots doit, à mon avis, se taire devant la noblesse des choses. Tout ce que dit Héraclius est plein de force et de raison; mais la diction dépare trop les pensées. Évitons le hasard qu'un imposteur l'abuse est un barbarisme. Un trône arraché sous un titre; un empereur qui se prévaudra d'un nom pris : tout cela est impropre, confus, mal exprimé. Plusieurs personnes de goût sont choquées de voir une femme qui veut toi^ours prendre tout sur elle, et qui -ne veut pas seulement qu'Héraclius sache autre chose que son nom. Ce caractère n'est pas ordinaire : il excite une grande curiosité ; mais, encore une foiSt il rend le prince petit. On est secrètement blessé que le héros de la pièce soit inutile, et qu'une gouvernante , qui n'est ici qu'une intrigante, veuille tout faire par vanité. (V.)

* Cet en prétend tombe sur Héraclius ; mais ce que Dieu en prétend n'est pas supportable. Ce n'est pas ainsi qu'on parle de Dieu ; ce n'est pas aûul que Ractae s'exprime dans Aihalie. (V.)

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