‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 179 sur 377 · ACTE II, SCENE II. S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. S

Et bientôt mes desseins auront leur plein eiét. Je punirai Phocas, je vengerai Maurice : Mais aucun n'aura part à ce grand sacrifice ; J*en veux toute la gloire, et vous me la devez. Vous régnerez par moi, si par moi vous vivez. Laissez entre mes mains mûrir vos destinées, Et ne hasardez point le fruit de vingt années.

SUDOXE.

Seigneur, si votre amour peut écouter mes pleurs i. Ne vous exposez point au dernier des malheurs. La mort de ce tyran, qtoique trop légitime. Aura dedans vos mains Tirnage d'un grand crime' : Le peuple pour miracle osera maintenir Que le ciel par son fils Taura voulu punir; Et sa haine obstinée après cette chimère Vous croira parricide en vengeant votre père; La vérité n*auni ni le nom ni Teffei Que d'un adroit mensonge à couvrir ce forfait; Et d'une telle erreur l'ombre sera trop noire Pour ne pas obscurcir l'éclat de votre gloire. Je sais bien que l'ardeur de venger vos pareiH&...

HÉBACUUS.

Vous en êtes aussi, madame, et je me rends' ; 1 Ob écoute des «oopiis ; on n'écoute point des pleurs, oa les volt.

« Dernier des nMlkeurs est faible. Troip légitime; et trop est de tiop. Dedans vas mains; il faut dans, ( V.|

S Votis en êtes anssi; c'est une de ces expressions de comédie qu\>n est obligé de relever si souvent, vais en ajoutant toi\jours que e*^était le défaut du temps. Si cette expression n'est pas élevée, le f^ttd du discours d'Héraelius ne l'est pas davantage : il ne prend aucune mesure, et lie dit rien de grand ; il se borne à ne pas faire éclat d'un secret, sans le congé de sa gouvernante. Son compliment aux yeux tout divins d'Budoxe, la protestation qu'il n'aspire au trône que par la seule soif d'en faire part à Eudoxe, sont une froide galanterie, telle qve celle de César avec Cléopâtre. Ce n'est pas là une passion tragique ; c'est parler d'amour comme on en parlait dans la simple comédie, et d'une manière moins élégante, moins fine qu*aiijourd'hui. Corneille a pus de l'amour dans toutes ses pièces ; mais on a déjà remarqué que cet amour n'a jamais été intéressant que dans le Cid^ et attachant que. dam Polyeuete : c'est de tous les sentiments le plus firoid et le plus petit.

Î60 HÉRACLIUS

Je n*examine rien, et n'ai pas la puissance

De combattre Tamour et la reconnaissance.

Le secret est à vous, et je serois ingrat

Si sans votre congé j*osois en faire éclat,

Puisque, sans votre aveu, toute mon aventure

Passeroit pour un songe ou pour une imposture.

Je dirai plus : Tempil'e est plus à vous qu'à moi,

Puisqu'à Léonce mort tout entier je le doi ;

C'est le prix de son sang, c'est pour y satisfaire i

Que je rends à la sœur ce que je tiens du frère :

Non que pour m'acquitter de cette élection >

Mon devoir ait forcé mon inclination;

Il présenta mon cœur aux yeux qui le charmèrent ;

11 prépara mon ame aux feux qu'ils aliumèr^ut ;

Et ces yeux tout divins, par un soudain iwuvoir.

Achevèrent sur moi l'etTet de ce devoir ».

Oui, mon cœur, chère Eudoxe, à ce trône n'aspire

Que pour vous voir bientôt maltresse de l'empire.

Je ne me suis voulu jeter dans le hasard^

Que par la seule soif de vous en faire parf^;

C'étoit là tout mon but. Pour éviter l'inceste

Je n'ai qu'à m'éloigner de ce climat funeste ;

quand il n'est pas le plus violent. Je ne sais si on peut citer rupinion de Rousseau comme une autorité ; il a fait de si mauvaises comédies, que son sentiment, en fait de tragédies, peut n'avoir point de puids ; mais, quoiqu'il n'ait rien fait de bon pour le théâtre, et qu'il soit inégal dans ses autres ouvrages, il avait un goût très cultivé. Voici ce qu'il •dit dans sa lettre au comédien Riccoboni : « Que les effets de l'amour -ft soient tragiques comme dans Hermione et dans Phèdre ; qu'où le M représente accompagné du trouble, des inquiétudes, et des violentes M agitations qui en font le caractère; en un mot, que les héros soient M amoureux, et non pas des discoureurs d'amour , comme dans les •« pièces du grand Corneille, et dans celles de son frère. » ( V.)

1 On ne satisfait point au prix d'un sang. (V.)

S Le mot d'élection n'est nullement le mot propre, et Héraclius ne peut mettre en doute qu'il n'ait eu de l'inclination pour Eudoxe, puisqu'il l'aime depuis longtemps. (V.)

8 Des yeux divins qui achèvent l'effet d'un devoir sur quelqu'un, sont une étrange façon de parler. (V.)

^ On se Jette dans te péril, et non dans le hasard. (Y.)

» Tout cela est trop mal écrit. (V.)

Page 1