SCÈNE I
GÉEONTE, GLARICE, ISABELLE.
CLARICE
Je sais qull vaut beaucoup étant sorti de vous : Mais, monsieur, sans le voir, accepter un époux, Par quelque haut récit qu*on en soit conviée S Cest grande avidité de se voir mariée; D*aiUeurs, en recevoir visite et compliment. Et lui permettre accès en qualité d'amant, A moins qu'à vos projets un plein effet réponde. Ce seroit trop donner à discourir au monde. Trouvez donc mi moyen de me le faire voir. Sans m'exposer au blâime et manquer au devoir.
GÉRONTE
Oui, vous avez raison, belle et sage Clarice ; Ce que vous m'ordonnez est la môme justice *; Et comme c'est à nous à subir votre loi. Je reviens tout à l'heure, et Dorante avec moi. Je le tiendrai longtemps dessous votre fenêtre. Afin qu'avec loisir vous puissiez le connoltre ',
t Cette expression conviée^ prise en ce sens, n'est plus d'usage ; mais j'ose croire que, si on voulait l'employer à propos, elle reprendrait ses premiers droits. Remarquez ici que la scène change. Le premier acte s'est passé dans les Tuileries ; à présent nous sommes dans la maison de Clarice, à la place Royale : on aurait pu aisément supposer que la maison est voisine du jardin des Tuileries, et que le spectateur voit l'iiM et l'autre. Nous avons déjà dit que l'unité de lieu ne consiste pas à rester toujours dans le même endroit, et que la scène peut se passer dan plusieurs lieux représentés sur le théâtre avec vraisemblance : rien n'empêche qu'on ne voie aisément un jardin, un vestibule, une chambre. (Y.)
> La wiêmeJHtlice ne signifie pas la justice même. Voyez ce qui est dit lor cette règle dans les notes sur la tragédie de Cinna. (T.)
) Cette manière de présenter un amant à sa maîtresse, ou'il dcit II. 5
Examiner sa taille, et sa mine, et son air, Et voir quel est Tépoux que je. vous veul donner *, Il vint hier de Poitiers, mais il sent peu Técole; Et si Ton pouvoit croire un père à sa parole, Quelque écolier qu'il soit, je dirois qu'aujourd'hui Peu de nos gens de cour sont mieux taillés que lui. Mais vous en jugerez après la voix publique. Je cherche à Tarrêter, parcequll m'est unique •, Et je brûle surtout de le voir sous vos lois.
CLARICE
Vous m'honorez beaucoup d'un si glorieux choix. Je l'attendrai, monsieur, avec impatience; Et je l'aime déjà sur cette confiance.