ACTE m, SCENE T. rs
Mais j'en condanmerois le ptasdonx sonvaiiir
S'il avoit à mon cœor coAté plus d*m soa|iir.
Ce grand coup m'a surprise, et ne m'a pont limMée;
Mon ame Ta reçu sans en être accablée ;
Et comme tous mes ievoL n^'avoieBt rieo q«e de saint.
L'honneur les aHama, le devoir les éteint.
Je ne vois plus d'amant où je rencontre un frère :
L'un ne peut me toucher, si l'antre aoe déplaiic ;
Et je tiendrai toujours moo bonheur infini.
Si les miens soat vengés, et le tyran puni.
Vous, que va sur ie trône élever la naissance. Régnez sur votre cœur avant que sur Byzanee ; Et, domptant comme moi ce dangereux mutin *, Conmiencez à répondre à ce noble destin.
MAftTIAN.
Ah! vous fûtes toujours l'illustre Pulchérie, En fille d'empereur dès le berceau nourrie ; Et ce grand nom sans peine a pu vous enseigner Comment dessus vous-même il vous falloit régner ^ : Mais pour moi, qui, caché sous une autre aventure. D'une ame plus commune ai pris quelque teinture, Il n'est pas merveilleux si ce que je me crus Môle un peu de Léonce au cœur d'Héraclius. A mes confus regrets soyez donc moins sévère ; C'est Léonce qui parle, et non pas votre frère ^ ; Mais si l'un parie mal, l'autre va bien agir *,
1 Ce dangereux mutin est une expression qui ne convient que ^Uos une épigramme. (V,)
i Un grand nom qui enseigne comment il faut régner dessus soimême! Martian caché sous une aventure^ et qui a pris la teintwre d'une ame commune 1 que d'incofrection 1 que de négligence! qiwl mauvais style! (Y.)
s Ce trait prouve encore la vérité de ce qu'on a dit, qu'on counît alors après les tours ingénieux et recherchés. (V.)
* Cela confirme encore la preuve que le naauvals goût était dttni' nant, et que Corneille, malgré la solidité de son esprit, était trop asservi à ce malheureux usage : il y a même du comique dansées o]qp«sitioBs de Léonce avec Martian ; et ce jeu de Léoace qui parle, avec Martian qui agit, ressemble à l'Amphitryon qui r^ettc sot l^épavx d'Alcmène les torts reprochés à l'amant d'Alcmène. Ces artifices ré«-
230 HÉRACLIUS
Et Tun ni Tautre enfin ne vous fera rougir. Je vais des conjurés embrasser Fentreprise, Puisqu*une ame si haute à frapper m'autorise, Et tient que, pour répandre un si coupable sang, L'assassinat est noble et digne de mon rang *. Pourrai-je cependant vous faire une prière?
PULCHÉRIE
Prenez sur Pulchérie une puissance entière.
MARTI AN
Puisqu'un amant si cher ne peut plus être à vous. Ni vous, mettre l'empire en la main d'un époux *, Épousez Martian comme un autre moi-même ' ; Ne pouvant être à moi, soyez à ce que j'aime.
PULCHÉRIE
Ne pouvant être à vous, je pourrois justement Vouloir n'être à personne, et fuir tout autre amant ; Mais on pourroit nommer cette fermeté d'ame Un reste mal éteint d'incestueuse flamme ^. Afin donc qu'à ce choix j'ose tout accorder. Soyez mon empereur pour me le commander. Martian vaut beaucoup, sa personne m'est chère; Mais purgez, sa vertu des crimes de son père. Et donnez à mes feux pour légitime objet Dans le fils du tyran votre premier sujet.
MARTIAN
Vous le voyez, j'y cours; mais enfin s'il arrive
sissent beaucoup plas dans le comique, et sont puérils dans la tragédie. (V.)
* Pulchérie n'a point dit cela : on peut hasarder que l'assassinat est peut-être pardonnable contre un assassin ; mais que l'assassinat soit digne du rang suprême, c'est une de ces idées monstrueuses qui révolteraient, si leur extrême ridicule ne les rendait sans conséquence. (T.)
S Ce vous se rapporte à peul^ et est un solécisme ; mais, encore une fois, cette froide dissertation sur l'inceste est pire que des solécismes.
8 Remarquez toujours que cette combinaison ingénieuse d'incestes, cette ignorance où chacun est de son état, peuvent exciter l'attention, mais jamais aucun trouble, aucune terreur. Y.)
* Toute cette scène est une discussion qui n'a rien de la vraie tragédie. Pulchérie craint qu'on ne nomme sa fermeté d^ame reste tfin^ eesie, (V.)
AGTB m, SCENE T. 281
Que rissue en devienne ou funeste ou tardive, Votre perte est jvrée; et d*ailieurs nos amis Au tyran immolé voudront joindre ce fils. Sauvez d'un tel péril ^t sa vie et la vôtre ; Par cet heureux hymen conservez Tun et Tautre ; Garantissez ma sœur des fureurs de Pbocas, £t mon ami de suivre un tel père au trépas. Faites qu'en ce grand jour la troupe d'Exupère Dans un sang odieux respecte mon beau-frère ; Et donnez au tyran, qui n*en pourra jouir, Quelques moments de joie afin de Téblouir.
PULCHÉRIE
Mais durant ces moments, unie à sa famille.
Il deviendra mon père, et je serai sa fille; **"
Je lui devrai respect, amour, fidélité;
Ma haine n'aura plus d'impétuosité ;
Et tous mes vœux pour vous seront mois et timides
Quand mes vœux contre lui seront des parricides.
Outre que le succès est encore à douter * ,
Que l'on peut vous trahir, qu'il peut vous résister;
Si vous y succombez, pourrai-je me dédire
D*avoir porté chez lui les titres de l'empire ?
Ah I combien ces moments de quoi vous me flattez
Alors pour mon supplice auroient d'éternités ' l
i Outre que ne doit jamais entrer dans nn vers héroïque ; et le succès est à douter est un solécisme; on ne doute pas une chose, elle n'est pas doutée; le verbe douter exige toujours le génitif, c'est-à-dire la préposition de. (V.)
S On n*a jamais dû, dans aucune langue, mettre le mot d'éternité au pluriel, excepté dans le dogmatique, quand on distingue mal à propos l'éternité passée et l'éternité à venir, comme lorsque Platon dit que notre vie est un point entre deux éternités ; pensée que Pascal a répétée, pensée sublime, quoique dans la rigueur métaphysique elle soit fausse. Remarquez encore qu'on ne peut dire, ces moments de quoi tfous me flattez; cela n'est pas français : il faut, ces moments dont vous ^me flattez. Remarquez qu'une haine ne voit point l'erreur de sa tendresse ; car comment une haine aurait-elle une tendresse! Pulchérit dit encore que sa haine a les yeux mieux ouverts que celle de Martian. Quel langage! et qu'est-ce encore qu'une mort propice h former de beaux nœuds, et qui puriAe un objet 1 II n'est pas permis d'écrire ainsi. (V.)
282 HÉRACUUS.
Votre haine y^t pea Teivaiir de sa teodresse; Ck)inme elle vient de oatire, elle n^est €|iie foiblesse : La mienne a plus de fopoe, et les yem m^aoL myerts; Et, se dût avec moi perdee tout rimiTers, Jamais un seul moment, qum que r«n puisse fûtSy Le tyran n*aura droit de me traiter de père. Je ne refuse au fils ni moB cœur ni ma foi : Vous Taimez, je Testime, il est digue de moi : Tout son crime est un père à qui le sai^ rattache; Quand il n'en aura plus, il n'aura pins de tache; Et celte mort, propice à former ces beaux nœuds. Purifiant l'objet, justifiera mes feux.
Allez donc préparer cette heureuse jouniée ; Et du sang du tyran signez cet hyménée. Mais quel mauvais démon devers nous le conduit?
MARTIAN
Je suis trahi, madame; Exupère le suit.