ACTE U, SCENE If. tî
Mais du reste, Isabelle, ou prendre FassunAoef
Le dedans parolt mal en ces raireirs flaUeurs;
Les visages souvent sont de doux imposteun.
Que de défauts d'esprit se couvrent de leurs gmctt!
Et que de beaux semblants cacbeut des SNoeg baaaes!
Les yeux en ce grand choix ont la première part ;
Mais leur déférer tout, «'est tout mettre ihi basavd :
Qui veut vivre en repos ne doit pas leur déplaiffe ;
Mais, sans leur obéir, il doit les satisfaire.
En croire leur refus, et non pas leur aveu.
Et sur d'autres conseils laisser naître sou lidu.
Cette chaîne, qui dure autant que notre vie,
Et qui devroit donner plus de peur que d'envie,
Si Ton n^y prend bien garde, attache assez souvent
Le contraire au ^xmtraire, et le mort au vivant ^ :
Et pour moi, puisqu'il faut qu elle me donoe^un nuiUre,
Avant que l'acceplerje voudrois le connollre,
Mais connoltre dans l'ame.
USABELLE.
.£h lûeu I qu'il parle ii ^ous.
CLARICE
Alcippe le sachant en deviendroil jaloux.
ISABELLE
Qu*importe qu'il le soit, si vous avez Dorante?
CLABÎCE.
Sa perte ne m'est pas encore indifférente;
Et raccord de Thymen entre nous concerté.
Si son père venoit, seroit exécuté.
Depuis plus de deux ans il promet et diffère;
Tantôt c'est maladie, et tantôt quelque afl'aire;
Le chemin est mal sûr, ou les jours sont trop courts;
Et le bon homme enfin ne peut sortir de Tours.
Je prends tous ces délais pour une résistance.
Et ne suis pas d'humeur à mourhr de constance.
Chaque moment d'attente ôte de notre prix,
1 Cette allégorie ne paraît-elle pas un peu forte dans une scène de comédie, et surtout dans la bouche d'une fille t Mais toute cette tirade est de la plus grande beauté ; il n'y a point de fille qui parle mieux, et peut-être si bien, dans Molière. (V.)
28 LE MEXTEUR.
Et fiHe qui vieillit tombe dans le mépris : C'est un nom glorieux qui se garde avec honte; Sa défaite est fâcheuse à moins que d'être prompte ^. Le temps n'est pas un dieu qu'elle puisse braver, Et son honneur se perd à le trop conserver >.
ISABELLE
Ainsi vous quitteriez' Alcippe pour un autre
De qui l'humeur auroit de quoi plaire à la vôtre?
GLARICE.
Oui, je le quitterois; mais pour ce changement
H me faudroit en main avoir un autre amant,
Savoir qu'il me fût propre, et que son hyménée
Dût bientôt à la sienne unir ma destinée ^.
Mon humeur sans cela ne s'y résout pas bien.
Car Alcippe, après tout, vaut toujours mieux que rien ;
Son père peut venir, quelque longtemps qu'il tarde.
ISABELLE
Pour en venir à bout sans que rien s'y hasarde, Lucrèce est votre amie, et peut beaucoup ])our vous; Elle n'a point d'amants qui deviennent jaloux :
i L'usage permet qu'on dise : cette fille est de défaite, c'est-à-dire elle est belle, on peut aisément s'en défaire, la marier. Mais sa dé/aile exprime figurément qu'elle s'est rendue ; dé/aire^ se dé/aire^ un visage lié/ait^ un ennemi défait^ défaite d'une marchandise, défaite d'une armée, toutes acceptions différentes. (V.)
2 II semble qu'une fille perde son honneur en se mariant. Ce ver;» gâte un très beau morceau. (V.) — Où Voltaire a-t-il pu prendre le sens étrange qu'il substitue ici au véritable sens de Corneille! L'honneur d'une fille se perd à être gardé trop longtemps ; voilà le sens naturel et évident de ce vers, qui n'est qu'une répétition de ce que Clarice elle-même vient de dire :
Chaque moment d'attente ôte de notre prix, Et fille qui vieillit tombe dans le mépris; C'est un nom glorieux qui se garde avec honte.
Trouve-t-on là quelque chose qui ressemble au sens qu'imagine Voltaire! Comment pouvoit-il tomber dans ces distractions! (P.) • On retrouve le même vers à peu près dans la bouche d'Achille :
On dit qu'Iphigénie, en ces lieux amenée , Doit bientôt à son sort unir ma destinée.
Iphigénie en Aulide, act. I, se. ii.