ACTE IV, SCENE III. SOI
Lequel croire, Exupère, et lequel démentir? Tombé-je dans Terreur, ou si j'en vais sortir*? Si ce billet est vrai, le reste est vraisemblable.
EXUPÈRE
Mais qui sait si ce reste est faux ou véritable?
PHOCÀS.
Léontine deux fois a pu tromper Pbocas.
EXUPÈRE
Elle a pu les changer, et ne les changer pas * : Et plus que vous, seigneur, dedans l'inquiétude *, Je ne vois que du trouble et de Tincertitude.
HÉRACLIU9.
Ce n*est pas d'aujourd'hui que je sais qui je suis : Vous voyez quels effets en ont été produits^. ]>epuis plus de quatre ans vous voyez quelle adresse J^apporte à rejeter Thymen de la princesse, Où sans doute aisément mon cœur eût consenti, Si Léontine. alors ne m'en eût averti.
1 II faut, ou bien vais-Je en sortir î Ce si s'employait autrefois par abus en sous-entendant : je demande, ou dis-moi, si j'en vais sortir; mais c'est une faute contre la langue : il n'y a qu'un cas où ce 5t est admis, c'est en inteft-ogation ; si je parle! si j'obéis! si je commets ce crime! on sous-entcnd , qu'arrivera- t-il 1 qu'en penserez-vous! etc. Mais alors il ne faut pas faire précéder ce «t par une autre Agure ; il ne faut pas dire, parU-je à un sage, on si Je parle à un courtisan t {Y.) — Les comédiens doivent adopter toutes ces corrections de Voltaire. Il eût été à souhaiter qu'il en eût fait davantage, et qu'il eût supprimé beaucoup de ses remarques. N'avoit-il pas dit lui-même, avec autant debout que de raison :
Lf secret d'ennoyer est celui de tout dire? (P.)
S Elle a pu les changer et ne les changer pas ;
Et plus bas.
Elle a pu l'abnser, et ne l'abuser pas ,
sont des vers de comédie; mais la force de la situation les rend tragiques. La contestation d'Héraclius et de Martian me paraît sublime. Si Phocas joue un rôle faible et très embarrassant pour l'acteur pendant cette noble dispute, il devient tout d'un coup noble et intéressant dès qu'il parle. (V.)
8 Ce vers est mal fait, indépendamment de cette faute, dedans; mais Exupère dit ce qu'il doit dire. (V.)
* Cet en est vicieux, et le vers est trop faible. (Y.)
302 HÉRACUtJS.
VARTIAN.
Léon Une?
HÉIACUUS.
Elle-même.
MilBTUM*
Ah, eidi! quelle est sa ruseï !
Martian aime Eudoxe, 0t sa BièM I*jJ»iiseu Par l^horreur d'un hymen qu'il oroit incestueux, De ce prince à sa fiUe elle asaure les fœax ; Et son ambition, «droite à le séduire, Le plonge en une errevr^ent eHeitlleBd Fempira. Ce n'est que d'ai^ourd'hui que je sais qui je suis : Mais de mon igBOittoee elle^s^rait oesHmits, Et me tiendroit enoorla vérilé oadiée.
Si tantdC ce ^Uet mt V^Kk eût «fradiée.
#BeCAC.
La méchante r>abiiae Mssi bien que Pboois.
KKUléAE.
Elle a pu Tabuser, et ne l'abuser pass. ^
raocAs.
Tu Tois comme la ^e a part au stratagème*
EXOPÀRE. • *
Et que la mère a pu l'abuser etle-même.
^OOGÀS.
Que de|)enseos4iv«rs! que de soucis ^oUttstsi le vous «n tifen^ «ensn^nr, tlaus peu 4e tempt. Dis-moi, tout est-il prêt pour ce juste suppfiee'f Oui, si nous conoiissloafi ie ynA fils ée Muince.
HÉRACLIUS
Pouvez- VOUS en douter Af^tsèà ce que j'ai 4it ?
"i Ce mot ruse ne doit pas entrer dam le tragiqae, à moins qu'A ne "noh. rdevé paor une épithète noble. ^W.)
• Cette ressemblance affectée avec ce vors, elle a pu les changer, 9t ne ÎKs changer pas^ est nn pea trop fln Btyie de ht comédie. Y.)
S Vers de comédie : &tez les noms d'empereur et de prince, Tintrigne en effet et In diction ne sont pas tragiques jusqu'ici ; mais elles sont ennoblies par l'intérêt d'un trône , et par le danger des personnages.