‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 214 sur 377 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

A le cœur assez bon pour ne vouloir pas Tètre. Admire sa vertu qui trouble ton repos.

C'est du fils d'un tyran que j'ai fait ce héros ; Tant ce qu'il a reçu d'heureuse nourriture^ Dompte ce mauvais sang qu'il eut de la nature! C'est assez dignement répondre à tes bienfait^ Que d'avoir dégagé ton fils de tes forfaits. Séduit par ton eiemple et par sa complaisance. Il t'auroit ressemblé s'il eût su sa naissance; Il seroit lâche, impie, inhumain comme toi^! Kt tu me dois ainsi plus que je ne te dois.

EIUPBRE.

L'impudence et l'orgueil suivent les impostures. Ne vous exposez plus à ce torrent d'injures, Qui, ne faisant qu'aigrir votre ressentiment, Vous donne peu de jour pour ce discernement. Laissez-la-moi, seigneur, quelques moments en garde ^; Puisque j'ai commencé, le reste me regarde : Malgré l'obscurité de son illusion,

1 Ce tenne, nourriture, mérite d'être en usage ; il est très supérieur à éducation, qui, étant trop long et composé de syllabes sourdes, ne doit pas entrer dans un vers. (Y.) ,

S Remarquez que, dans le cours de la pièce, Fhocas n'a été ni lâche, ni impie, ni inhumain : ces injures vagues sentent trop la déclamation ; et, encore une fois, une domestique ne parle point ainsi à ua empereur dans son propre palais. Qu'il serait beau de faire sous-entendre toutes les injures que disent Léontine et Pulchérie, au lieu de les dire f que ce ménagement serait touchant et plein de force ! Mais que ce vers est beau, c'est dufih d'un tyran que J'ai /ait ce héros! II est un peu gâté par les deux vers faibles qui le suivent. (V.)

» On dit indifféremment dois et rfot, vois et voi, crois et crot, /ait €i/ai, prends et pren, rends et ren^ dis et di, avertis et averti; mais il n'est pas d'usage d'y comprendre, je suis, je puis, ou je peux : on ne peut dire, jepui, je peu, je sui : et toutes les fois que la terminaison est sans «, on ne peut y en ajouter une ; il n'est pas permis de dire, j€ donnes f je soupires, je trembles. (V.)

^ Peu de jour pour un discernement, quelques moments en garde, sont de petits défauts; le plus grand, si je ne me trompe, c'est que Léontine et cet Exupère traitent toujours un empereur éclairé et redoutable comme on traite un vieillard de comédie qu'on fait donner • dans tous les panneaux. (V.)

J'espère démêler cette confusion.

Vous savez à quel point Taffaire m'intéresse i.

PHOGAS.

Achève, si tu peux, par force, ou par adresse,

Exupère ; et sois sûr que je te devrai tout>

Si l'ardeur de ton zèle en peut venir à bout

Je saurai cependant prendre à part l'un et l'autre;

Et peut-être qu'enfin nous trouverons le nôtre*.

Agis de ton côté ; je la laisse avec toi :

Gêne, flatte, surprends. Vous autres, suivez-moi*.

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