ACTE I?, SCÈNE V
Ce qui passe à vos yeux pour «ne perMe...
liÉOMTIIIE.
Cache une intention ûnt 'noMe et Ibrt tiardîe!
PouYCz-vouB en juger puisque vous rigHorcz?
Considérez Tétat de ttnis nos conjurés :
Il n*est aucun "de 'nous à qui sa violence
N*ait donné trop tJe lieu d'une juste vengeance i ;
Et, nous en croyant tous dans notre arae indignés,
I^ tyran du palais nous a tous éloignés.
Il y falloit rentrer pnr quelque grand service.
tÉONTINE.
Et tu crois m'éblouir avec cet artifice ?
EXUPÈRE
Madame, apprenez tout. Je n^i rien hasardé. Vous savez de que! nombre il est toujours gardé ; Pouvions-nous le surprendre, ou forcer les cohortes Qui de jour et de nuit tiennent toutes ses portes? Pouvions-nous mieux sans bruit nous approcher de lui ? Vous voyez la posture où je suis aujourd'hui * ; Il me parle, il m'écoute, il me croit ; et lui-même Se livre entre mes mains, aide à mon stratagème.
pas là cette femme si adroite, si supérieure, qui se yantait de venir £• bout de tout : il me semble qu'elle aurait dû, dans le cours de la pièce,. ?aire l'imposrfble pour s'entendre avec Exupère. Elle a traité les deux princes comme des enîants; et Exupère, qui n'est qu'un subalterne,. l'a traitée comme une petite fille ; elle n'a point confié son secret qu'elle devait confier, et Exupère ne lui a point dit le sien ; c'est une conspiration dans laquelle personne n'est d'intelligence ; et par cela seul toute l'intrigue est peut-être hors de la vraisemblance. Ce vers,
L'homme le plis méchant qne la nature ait fait»
est du ton de la comédie. (V.) — Mademoiselle Dumesnîl, pïr la noblesse et la fierté de son expression, rendoit ce vers très tragique. \T.
1 C*est un solécisme ; on donne lieu à quelque chosey et non dt quelque chose; il donne lieu à mes soupçons, et non de mes soupçons. Quand on met un de, il faut un verbe ; t7 m*a donné lieu de le ha%r ; lieu cîrt prosaïque. (V.)
s Le mot de posture n'est pas assez noble. (V.|
512 HÉRAGLIUS.
C'est par mes seuls conseils qu'il vent publiquement Du prince Héraclius foire le châtiment, Que sa milice éparse à chaque coin des rues A laissé du palais les portes presque nues : Je puis en un moment m'y rendre le plus fort; Mes amis sont tout prêts : c'en est fait, il est mort ; Et j'userai si bien de l'accès qu'il me donne, Qu'aux pieds d'Héraclius je mettrai sa couronne. Mais après mes desseins pleinement découverts, De grâce, faites-moi connollre qui je sers; Et ne le cachez plus à ce cœur qui n'aspire Qu'à le rendre aujourd'hui maître de tout l'empire.
LÉONTINB.
Esprit lâche et grossier, quelle brutalité Te fait juger en moi tant de crédulité * ? Va, d'un piège si lourd l'appât est inutile, Traître, et si tu n'as point de ruse plus subtile...
EIUPÈRÉ.
Je vous dis vrai, madame, et vous dirai de plus...
LÉONTINB.
Ne me fais point ici de contes superflus ' : L'effet à tes discours ôte toute croyance.
EXUPÈRE
Eh bien ! demeurez donc dans votre défiance.
l Tl me semble qu'au contraire elle doit dire : Est-il bien vrai î ne me trompez-vous point ! quelle preuve pouvez-vous me donner 1 faitesmoi parler à quelques conjurés; je devrais les connaître touSy puisque je me suis vantée de tout/aire, mais je n'en connais pas un; je devrais être dHntelligence avec vous; nous détestons tous deux le tyran; il a immolé votre père; il m'en coûte menais; le même intérêt nous joint : il est ridicule que je ne sache rien; mettez-moi au fait de touty et je verrai ce que je dois croire^ et ce que je dois faire. Au lieu de dire ce qu'elle doit dire, elle appelle Exupère lâche, grossier et brutal. (V.)
< Elle doit au moins attendre qu'Exupère lui ait fait ces contes. Je ne sais si je ne me trompe, mais la fin de cette scène entre deux subalternes approche un peu trop d'une scène de comédie dans laquelle personne ne s'entend ; d'ailleurs elle paraît inutile à la pièce ; elle ne conclut rien. Âime-t-on à voir deux subalternes qui ne s'entendent point, et qui devraient s'entendre! Que font pendant ce temps-là les deux héros de la pièce! rien du tout : il parait qu'il serait mieux de les faire agir. (V.)