ACTE V, SCENE II. ZH
HBBACLIUS.
Moi, la craindre, madame! Ah! je m'y suis offert.
Qu'il me traite en tyran, qu'il mVnvoie au supplice,
Je suis Hcraclius, je suis lils de Maurice;
Sous ces noms précieux je cours m'ensevelir.
Et nrétonne si peu que je l'en fais pâlir :
Mais il me traite en père, il me flatte, il m'embj-asse ;
Je n'en puis arracher une seule menace :
J'ai beau faire et beau dire afin de Tiriiter,
Il m'écoute si peu qu'il me force à douter i.
Malgré moi comme Gis toujours il me regarde ' ;
Au lieu d'ôtre en prison, je n'ai pas méuiu un garde.
Je ne sais qui je suis, et crains de le savoir;
Je veux ce que je doij-', et cherche mon devoir :
Je crains de le haïr, si j'en tiens la naissance ;
Je le plains de m'aimer, si je m'en dois vengeance;
Et mon cœur, indigné d'une telle amitié.
En frémit de colère, et tremble de pitié.
De tous ses mouvements mon esprit se délie:
Il condamne aussitôt tout ce qu'il justifie.
La colère, l'amour, la haine, et le respect,
Ne me présentent rien qui ne me soit suspect.
Je crains tout, je fuis tout; et, dans cette aventure.
Des deux côtés en vain j'écoute la nature.
Secourez donc un frère en ces perplexités.
PULCHERIE
Ah ! vous ne l'êtes point, puisque vous en doutez '.
1 Cela n'a pas besoin de commentaire ; mais de si basses trivial i es «tonnent toujours. (V.l
* IWaut, comme son fils. (V.)
8 C'est encore une de ces subtilités qui ne vont point an cœur, qui ne causent fti terreur ni trouble. Il faut, dans un cin(]ui«mc acte, nutrr chose que du raisonnement; et ce raisonnement de Pulchéric n'est {.ns juste. Héraclius peut très bien douter qu'il soit fils de Maurice, et i cpendant être son fils ; il a même les plus grandes raisons pour en douter. Boilcau condamnait hautement dans Corneille toutes ces sc'nfH de raisonnements, et surtout celles qui refroidissent toutes les pitri s qu'il fit après Héraclius.
En vain vous étalci one scène savante ;
yo% froids raisonnements ne feront qu'attiédir
318 HÉRACLIUS
Celui qui, comme vous, prétend à eeite gloire,
D*un courage plus ferme en crdt ce <|u'il ^it croire.
Gomme vous on le flatte, il y sait résister;
Rien ne le touche assez pour le faire douter :
Et le sang, par un double et secret artffice,
Parle en vous pour Phocas, comme en lui pour Maurice.
A ces marques en lui connois?ez Martian ;
Il a le cœur plus dur étant fils d'un tyran.
La générosité suit la belle naissance :
f^ pitié l'accompagne, et la reconnoissance.
Dans cette grandeur d'ame nri vrai prince affermi
Est sensible aux malheurs môme d'un ennemi;
La haine qu'il lui doit ne sanroit le défendis,
Quand il s'en voit aimé, de s'en laisser surprendre ;
Et trouve assez souvent son devoir arrêté
Par l'effort naturel de sa propre bonrté.
Cette digne vertu de l'ame la mieux née.
Madame, ne doit pas souiller ma destinée.
Je doute; et si ce doute a quelque ci4me en s<^,
Cest assez m'en punir que douter comme moi;
Et mon cœur, qui sams cesse en sa fevenr seVaHe,
Cherche qui le soutienne, et non pasquiTabatte;
Il demande secours pour mes sens étonnés.
Et non le coup mortel dont vous m'assassinez.
PULCHÉRIE
L'œil le mieux éclairé snr de telles matières Peut prendre de faux jours pour de vives lumières; Et comme notre sexe ose assez promptement * Suivre l'impression d'un premier mouvement, Peut-être qu'en faveur de ma première idée
Un spectateur, toujours parosseax d'appisttdtr. Et qui, des vains efforts de voire rhétorique Justement fatigué, s'endort, ou vous critique.
Il est cependant naturel qulléraclius explique ses doutes. Le grand défaut de cette scène est, comme on l'a dit, qu'elle ne conduit à rien du tout. IV.)
1 Ces expressions de comédie, et la rë<fleici«n êur notre sexe, achètent de refroidir. (V.)
ACT^ V, SGË^ 111. :i|»^
Ma haine pour Pbocas m*a tro|i penuadée.
Son amour est pour tmu ua poison daaigereaiJL;
Et quoique la pitié niMitre uiieœur généreux ^.
Colle qu*oii a pour lui de ce rang déj^éoère t.
Vous le devez haïr; et fût-il voire père ',
Si ce titre est douteux^ son crimb ne Test pas.
Qu'il vous offre sa grâce, ou vous livre au trépas,
Il n'est pas moins tyran quand il vous favorise.
Puisque c'est ce cœur même alors qu'il tyrannise;
El que votre devoir, par là mieux combattu.
Prince, met en péril jusqu'à votre vertu.
Doutez, mais haïssez ; et, quoi qu'il exécute,
.le douterai d'un nom qu'un autre vous dispute :
En douter lorsqu'on moi vous cherchez quelque appuf,
Si c'est trop peu pour vous, c'est assez contre lui.
L'un de vous est mon frère, et l'autre y peut prétendre r
Entre tant de vertus mon choix se peut méprendre :
Mais je ne puis faillir, dans votre sort douteux,
A chérir l'un et l'antre, et vous plaindre tons deux.
J'espère encor pourtant; on murmure, on menace;
Un tumulte, dit-on, s'élève dans la place :
Exupère est allé fondre sur ces mutins;
Et peut-être de là dépendent nos destins.
Mais Phocas entre.