‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 254 sur 377 · ACTE II, SCENE II. 57S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. 57S

Abandonner mon camp en est un capital, Inexcusable en tous, et plus au général > ; Et tout autre que vous, malgré celte conquête, Beveuant sans mon ordre, eût payé de sa tête.

NICOMÈDE

J'ai failli, je Tavoue, et mon cœur imprudent

A trop cru les transports d'un désir trop ardent :

L'amour que j'ai |K)ur vous a commis celte offense,

Lui seul à mon devoir fait cette violence.

Si le bien de vous voir m'étoit moins précieux,

Je serois innocent, mais si loin de vos yeux,

Que j'aime mieux, seigneur, en perdre un peu d'estime,

Et qu'un bonheur si grand me coûte un petit crime ',

Qui ne craindra jamais la plus sévère loi.

Si Tamour juge en vous ce qu'il a fait en moi.

PRUSIAS

La pins mauvaise excuse est assez pour un père.

Et sous le nom d'un fils toute faute est légère.

Je ne veux voir en vous que mon unique appui :

Recevez tout l'honneur qu*on vous doit aujourd'hui.

L^ambassadeur romain me demande audience ;

Il verra ce qu'en vous je prends de conliance ;

Vous l'écouterez, prince, et répondrez pour moi.

Vous êtes aussi bien le véritable roi ;

Je n'en suis plus que l'ombre, et l'âge ne m'en laisse

Qu'un vain titre d'honneur qu'on rend à ma vieillesse';

Je n'ai plus que deux jours peut-être à le garder :

«lare criminel d'Etat. Ajoute à votre estime n*cst pas français en ce sens : l'estime où nous sommes n'est pas notre estime ; on ne peut dire rotre estime, comme on dit votre yloire, votre vertu. (V.) 1 Au général est un solécisme ; il faut dans un général. (Y.) 1 Un petit crime, cette épithète n'est pas du style de la tragédie. Le crime de Nicomède est en effet bien faible. Nicomède parle ici ironiquement à son père, comme il a parlé à son frère, car, par ce désir (top ardenty il entend le désir qu'il avait de voir sa maîtresse. Il n'a point du tout d'amctcr pour son père : le public n'en est pas fâché ; cm méprise Prusias ; on aime beaucoup la hauteur d'un héros persécuté, /*etit crime, bonheur si grand; ces contrastes affectés font un mauvais effet. (V.) > On rend un honneur; on ne rend point un titre d'honneur. (Y.)

S74 mCOMEDE.

LlDtérêt de TÉtat vous doit seul regarder ^ Prenez-en aujourd'hui la marque la plus haute* : Mais gardez-vous aussi d'oublier voire faule; Et, comme elle fait brèche au pouvoir souverain', .Pour la bien réparer, retournez dès demain. Remettez en éclat la puissance absolue ^ : Attendez-h de moi comme jo l'ai reçue, Inviolable, entière; et n'autorisez pas De plus méchants que vous à la mettre plus bas'. Le peuple, qui vous voit, fa cour, qui vous contemple. Vous désobéiront sur votre propre exemple : Donnez-leur-en un autre, et montrez à leurs yeux. Que nos premiers sujets obéissent le nueux.

J'obéirai, seigneur, et plus tût c^'on ne pense; Jdais je demande un prix de mon obéissance.

La reine d'Arménie est due à ses États, Et j'en vois les chemins ouverts par nos combats. . Il est temps qu*en sou ciel cet astre aille reluire o : De grâce, accordez-moi l'honneur de l'y conduire.

pavsiAs.

Il n'appartient qu'à vous, et cet tlloslre^mploî Demande un roi lui-même, «a l'héritier d'un m; Mais pour la renvoyer jus(|u'eft son An&énie,

1 Seul 8«mble dire que Prusios abdique ^ et il est si loin d'abdiqner, ..qu'il vient de menacer son fils. C'est trop se contredire. (V.)

S La marque haute ! (V.)

S Cette expression/aire brèche n'est plus d'usage : ce n'.est<pas que ridée ne soit noble ; mais en français, toutes les fiois que le moi Ja ire n'est pas suivi d'un article, il forme une façon de parler proverbiale tBop familière. Faire assaut, .^Ve force de voiles,yôt>c de nécessité vertu, /aire ferme, /aire brèche, /aire halte, etc. ; toutes expressions bannies du vers héroïque. (Y.)

. ^ Comme on ne met rien en éclat, on n'y remet rien ; on donne de l^éclat, on met en lumièce, en évidence, en honneur, en son jour. (T.^

K- Cette manière de a'exprimer n'est plus d'usage, et n'a jamais fait ufi boa ftkt. Baimtcquez que bas est un adverbe mono^Ualka : ne finissez jamais un vers par bas^ à bas, plus bas, haut, ftus haaU. (V.)

9 Cette méta))horeest vicieitte, en ce qu'elle soj^j^ose que cet aarre de Laodice est descendu du ciel en terre. (Y.)

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