‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 26 sur 377 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

GÉRONTE, DORANTE, CUTON.

GÉBOMTE.

Dorante, arrètons-Doiis; le trop de promenade Me mettroil bors d^aleine, et me feroit malade *. Que l'ordre est rai*e et bea» de ces grands b&timenU f

DOBANTE.

Paris semble à mes yeux un pays de romans. J'y croyois ce matin voir une lie enchantée : Je la laissai déserte, et la trouve habitée; Quelque Ampbioo nouveau, sans Taide des maçons, Eq superbes palais a changé ses Imissons.

GÉBOHTK.

Paris voit tous les jours de ces métamorphoses : Dans tout le Pré-aux-Glercs tu verras mêmes choses; Et l'univers entier ne peut rien voir d^égal Aux superbes dehors du palais Cardinal *.

milieu d'un jardin, poisque Clarice le prie de parler plus bss» decrmini» que son père ne Tentende. Il faut donc condure que le Heu de lasoèss change souvent dans cette comédie, et qu'en cet endroit Âlcippe, qui est chez Clarice, ne peut pas voir entrer Dorante, qui est dans la rue. fiemarquez aussi que les scènes iv et v ne sont point liées, et que le théâtre reste vide : seulement Alcippe annonce que Dorante paraît ; mais il l'anDouce mal à propos, puisqu'il ne peut le voir. (V.)

* Quereller signifie aujourd'hui reprendra, faire des reproches^ réprinwnder; il signifiait alors insullery défier ^ et même m battre. Dans nos provinces méridionales, les tribunaux se servent dn mot quereller pour iccnser un homme, attaquer un testament, une convention : c'est un *bu8 des mots ; le langage du barreau est partout barbare. (T.)

* Il semble par ces vers que Géronte et Dorante soient dans les Tui- •eries. Comment Alcippe a-t- il pu les voir dé la maison de Clarice à la place Royale! (Y.)

' Aujourd'hui le palais Royal. Ce quartier, qui est à présent un des plus peuplés de Paris, n'était que des prairies entourées de fossés lorsque le cardinal de Richelieu y fit bâtir son palais. Quoique les embel-

r>6 LE MENTEUR.

Toute une ville entière, avec pompe bâtie.

Semble d*un vieux fossé par miracle sortie,

Et nous fait présumer, à ses superbes toits.

Que tous ses habitants sont des dieux ou des rois ^

Mais changeons de discours. Tu sais combien je t'aime?

DORANTE

Je chéris cet honneur bien plus que le jour même.

GÉRONTE

Comme de mon hymen il n'est sorti que toi, Et que je te vois prendre un périlleux emploi. Où Tardeur pour la gloire à tout oser convie. Et force à tout moment de négliger la vie. Avant qu'aucun malheur te puisse être avenu. Pour te faire marcher un peu plus retenu, Je te veux marier.

DORANTE, ipart.

O ma chère Lucrèce!

GÉRONTE

Je t'ai voulu choisir moi-même une maîtresse. Honnête, belle, riche.

DORANTE

Ah ! pour la bien choisir.

Mon père, donnez-vous un peu plus de loisir.

GÉRONTE

Je la.connois assez. Clarice est belle et sage Autant que dans Paris il en soit de son âge; Son père de tout temps est mon plus grand ami. Et l'affaire est conclue.

Ah ! monsieur, j'en frémi ; D'un fardeau si pesant accabler ma jeunesse !

lissements de Paris n'aient commencé à se multiplier que vers le milieu du siècle de Louis XIV, cependant la simple architecture du palais Cardinal ne devait pas paraître si superbe aux Parisiens, qui avaient déjà le Louvre et le Luxembourg. Il n'est pas surprenant que Corneille, dans ses vers, cherchât à louer indirectement le cardinal de Richelieu, qui protégea beaucoup cette pièce, et même donna des habits à quelques acteurs. Il était mourant alors, en 1642, et il cherchait à se dissiper par ces amusements. ( V.) 1 Des dieux I cela est un peu fort. (T.)

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