ACTE 11, SCENE V
GÉBONTB.
Fais ce qae je Tordonne.
DOIUlf TE , i part.
Il fout jouer d'adresse.
(iiMt.) Quoi ! monsieur, à présent qu'il faut dans les combats Acquérir quelque nom, et signaler mon bras...
6ÉR0NTE.
Avant qu'être au hasard qu'un autre bras t'immole. Je veux dans ma maison avoir qui m'en console; Je veux qu'un petit-fils puisse y tenir ton rang. Soutenir ma vieillesse, et réparer mon sang. En un mot, je le veux.
DORANTE
Vous êtes inflexible?
GÉBONTB.
Fais ce que je te dis.
DOBANTE.
Mais s'il est impossible?
GÉBONTE.
Impossible! et comment?
DORANTE
Souffrez qu'aux yeux de tous Pour obtenir pardon j'embrasse vos genoux. Je suis...
GÉBONTE.
Quoi?
% DORANTE
Dans Poitiers...
GÉBONTE.
Parle donc, et te lève.
DORANTE
Je suis donc marié, puisqu'il faut que j'achève.
GÉRONTE
Sans mon consentement?
DORANTE
On m*a violenté :
Vous ferez tout casser par votre autorité; Mais nous fûmes tous deux forcés h ]'hym<^m'?e Par la fatalité la plus inopîuée...
Ah î si vous le saviez !
GÊRONTE.
Dis> ne wne cache rien.
eOftAHTB.
Elle est de fort bon lieu, mon père ; el pour son tnen, S*il n'est du tout si grand que voti« Inmevr sotrfiaite...
GERONTE.
Sachons, à cela près, puiscfue c'est chose faite. Elle se nomme?
DORANTE
Oi^ise; et son père, Ârmédon.
GÉRONTE
Je n'ai jamais ouï ni Tun ni l'autre nom. Mais poursuis.
DORANTE
Je la vis presque à mon arrivée.
Une ame de rocher ne s'en fût pas sauvée, Tant elle avoit d'appas, et tant son œil vainqueur Par une douce force assujettit mon cœur! Je cherchai donc chez elle à faire connoissance ; Et les soins obligeants de ma persévérance Surent plaire de sorte à cet objet charmant, Que j'en fus em six mois autant aimé qu'amant. J'en reçus des faveurs secrètes, mais hotmêtes; Et j'étendis si loin mes petites conquêtes, Qu'en son quartier souvent je me cou lois sans bruit. Pour causer avec elle une part de la nuit.
Un soir que je venois de monter dans su chambre (Ce fut, s'il m'en souvient, le second de septembre *,
1 Ces parUcularité» rendent la narration de Dorante plus vraisemblable : on ne peut se refuser au plaisir de dire que cette scène est une des plus agréables qui soient au théâtre. Corneille, en imitant cette comédie de l'espagnol de Lope de Vega^ a, comme à son ordinaire, eu la gloire d'embellir son original. Il a été imité à son tour par le célèbre Goldoni. Au printemps de l'année 1750, cet auteur, si naturel et si fécond, a donné à Mantoue une comédie intitulée le Mentevr. Il avoue qu'il en a imité les scènes les plus frappantes de la pièce de Corneille ; il a m^me quelquefois beaucoup ajouté à son original. H y a dans Goldoni deux oboses fort plaisantes : la première, c'est un rival du Menteur, qui redit bonnement pour des vérités toutes les fableâ qtie le