ACTE m, SCÈNE II. 59i
N'est pas laat qii'O tous semble irae Tertn bratale; Que, si j'ai droit au trône, elle s'en veut sertir. Et sait bien repousser qui me le reut ravir.
Je vois sur la frontière ums paissante armée. Comme vous Pavez dît, à vaincre accoutumée; Mais par quelle comhiite, et sous quel générale Le roi, s'il s'en ftiit Ibrt «, |K)nrroit s'en trouver mal; Et, s'il vouloit passer de son imys au nôtre. Je lui conseiilerois de s^assurer d'une antre. Mais je vis dans sa cour, je suis dnn$ ses États, Et j'ai peu de raisou de ne le craindre pas. Seigneur, dans sa cour même, et hors de TÂrménio La vertu trouve appui contre la tyrannie*. Tout son peuple a des yeux pour voir (juel attentat Font sur le bien public les maximes d'ittat : Il connolt Nicomède, il connott sa marâtre, Il en sait, if en voit la haine opiniâtre; Il voit la servitude oti le roi s'est soumis. Et connoît d'autant mieux les dangereux amis'.
Pour moi, que vous croyez au bord du précipice, Bien loin de mépriser Attale par caprice, J^évite les mépris qu'il l'ecevroit de moi S'il tenoit de ma main la qualité de roi. Je le regarderois comme une ame commune. Comme un homme mieux né pour une autre fortune. Plus mou sujet qu'époux, et le nœud conjugal Ne le tireroit pas de ce rang inég^'^l. Mon peuple à mon exemple en feroit peu d'estime»
•• Se faire tort de quelque chose ne peut être employé pour s'en prévaloir; il signifie, j'en" réponds, je prends sur moi l'cntrcpTise, \e me flatte d'y réussir. Se faire fort iie peut être employé qu'en prose. Plusieurs étrangers se sont imaginé que nous n'avions qu'un langage pour la prose et pour la poésie ; ils se sont bien trompés. (V.)
t II ftiut, trouve un appuiy ou de l'appui; trouve un secours^ du secourSy et non trouve secoure. (T.)
S, Ces vers sont ingénieusement placés pour préparer ta révolte qui s'élève fout d'un coup au cinquième acte : reste i savoir sMîs la prépai:ent assez, et s'i's suffisent peur la rendre vraisemfclabl<L Mais un attentat que des maximes d'État font sur le bien public forme im>« phrase trop incorrecte, tro^i irrégulière, et ce n'est pas parler sa langue.
592 NICOMEDE
Ce seroit trop, seigneur, pour un cœur magnanime : Mon refus lui fait grâce, et, malgré ses désirs, J'épargne à sa vertu d'éternels déplaisirs.
FLAHINIUS.
Si vous me dites vrai, vous êtes ici reine * : Sur l'armée et la cour je vous vois souveraine; Le roi n'est qu'uue idée*, et n'a de son pouvoir Que ce que par pitié vous lui laissez avoir. Quoi ! même vous allez jusques à faire grâce l Après cela, madame, excusez mon audace; Souffrez que Rome enfin vous parle par ma voix : Recevoir ambassade est encor de vos droits ; Ou, si ce nom vous choque ailleurs qu'en Arménie, Comme simple Romain soutirez que je vous die Qu'être allie de Rome, et s'en faire un appui. C'est Tunique moyen de régner aujourd'hui ; Que c'est par là qu'on tient ses voisins en contrainte, Ses peuples en repos, ses ennemis en crainte ; * Qu'un prince est dans son trône à jamais affermi Quand il est honoré du nom de son ami ;
1 Ces malheureuses contestations, ces froides discussions politiques, qui ne mènent à rien, qui n'ont rien de tragique, rien d'intéressant, sont aujourd'hui bannies du théâtre. Flaminius et Laodice ne parlent ici que pour parler. Quelle différence entre Acomat dans Bajazei^ et Flaminius dans Nicomède ! Acomat se trouve entre Bajazct' et Roxane. qu'il veut réunir, entre Roxane et Atalide, entre Atalidc et Bajazct ; comme il parle convenablement, noblement, prudemment à tous les trois! et quel tragique dans tous ces intérêts! quelle force de raisons! (|uelle pureté de langage ! quels vers admirables ! mais dans Nicomède tout est petit, presque tout est grossier ; la diction est si vicieuse, qu'elle déparerait le fond le plus intéressant. (V.)
* On dit bien n'est qu'un fantôme , mais non pas n'est qu'une idée : la raison en est que fantôme exclut la réalité, et qn'idée ne l'exclut pas. ( V.) — L'expression est véritablement impropre : cependant il n'est pas vrai de dire que le mot idée n'exclut pas souvent la réalité pour le moins autant que celui de fantôme: on dit très bien une fortune, un succès en idée, au lieu d'un succès et d'une fortune imaginaires. Corneille a dit lui-même très heureusement, dans Ser tonus :
De pareil! lieutenants n'ont de chefs qn'en idée ;
«t Yoltaire n'a pas condamné ce vers, qui est même, en quelque sorte, passé en proverbe. (P.)