‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 266 sur 377 · FLAMINIUS, LAODICE · texte numérisé non relu

FLAMINIUS, LAODICE

FLAMINIUS

Madame, cnOn une vertu parfaite *...

LAODICE

Suivez le roi, seigneur, votre ambassade est faite ^z Et je vous dis encor, pour ne vous point flatter, QuMci je ne la dois ni la veux écouter.

FLAMINIUS

Et je vous parle aussi, dans ce péril extr<^me, Moins en ambassadeur qu'en homme qui vous aime» l'^t qui, touché du sort que vous vous préparez. Tâche à rompre le cours des maux où vous courez.

J'ose donc comme ami vous dire en confidence Qu^une vertu parfaite a besoin de prudence, Et doit considérer, pour son propre intérêt. Et les temps où Ton vit, et les lieux où Ton est.

1 Remarquez qu'on ambassadeur de Rome qui ne dit mot dans cette acène, y fait un personnage trop subalterne. Il faut rarement mettre sur la scène des personnages principaux sans les faire parler : c'est un défaut essentiel. Cette scène de petites bravades, de petites picoteriesv do petites discussions, entre Prusias et Laodice, n'a rien de tragique : et Flaminius, qui ne dit mot, est insupportable. (Y.)

s Ce n'est guère que dans la passion qu'il est permis de ne pas achever sa phrase. La faute est très petite ; mais elle est si commune dans toutes nos tragédies, qu'elle mérite attention. (Y.)

S Votre ambassade est faite est un peu comique. Sosie dit dan* Amphitryon :

0 jatte ciel ' j'ai fait une belle «nbuiade !

^fais aussi c'est Sotie qui parle. (Y.)

390 NICOMEDE

La grandeur de courage en une ante royale

fTest sans cette vertu qu'une vertu brutale ♦,

Que son mérite aveugle, et qu*un foux jour tfbODiteur

Jette en un tel divorce avec le vrai bonheur,

Qu'elle-même se livre à ce qn'clte doit craindire.

Ne se fait admirer que pour se faire plaindre.

Que pour «ous pouvoir dire, après un grand soupir, :- >.

« J'avois droit de régner, et a'ai su m'en servir. »

Vous irritez un roi dont vous voyez l'armée

Nombreuse, obéissante, à vaincre accoutumée;

Vous êtes en ses mains, vous vivez dans sa cour.

LAODICE

Je ne sais si l'honneur eut jamais un Caux jour <,, Seigneur; mais je veux bien vous répondre en amie.

Ma prudence n'est pas tout à fait enJormie ' ; Et, sans examiner par quel destin jaloux La grandeur de couiiige est si mal avec vous ^, le veux vous faire voir que celle que j'étale

1 Cette expression est très brutale, surtout d un ambassadeur à une princesse. D'ailleurs ce discours de Fkunnhiras, pour être fin et adroit, n'en est pas moins enturtillé er obscur. Wne vertu bruitUè qu'un faux

jour d'honneur jette en dveoroe avec le vrai boakeur^ qui m liv^e à ce qu'elle craint ; et cette vertu brutaU qui, après ti« grand soupir, dit Hn'elle avoit droit de régner ; tout cela est bien étuuige. La clarté, le naturel, doivent être les premières qualités de la diction. Quelle différence quand Néron dit à Junie. dans Racine :

Et ne prérérez point à la solide gloire

Des itonneurs dont César prétend voue revêtir

La. gloire d'un refus sujet au repentir! (V.)

2 H semble que Laonicc, pnr ce vers, reproche à Flaminius les expressions impropres, les phrases obscures dont il s'est senri , et son galimatias, qui n'était pus le style des ambassadeurs romains. (V.) — Voltaire prodigue trop ce terme de mépris. Si Flaminius pèche par l'expression, il ne pèche pas par le fond des choses. Ck>meille n'est jamais pauvre d'idées. (P.)

3 Prudence endormie, répondre en amie, etc. ; toutes ces expressions sont familières ; il ne les faut jamais emptbyer dans la vraie tragédie. (V.)

* La grandeur dte conntge est si mal avec vous ,

style de conversation familière. (V.j

Page 1