ACTE n, SCÈNE V
Oui, ce fut ce jour-là que je fus attra^),
Ce soir même sob père en TiOe aToit soupe;
U monte à son retour, il ftrappe à la porte :*6lle
Transit, pàiit, rougit, me cache en sa ruelle,
Ouyre enfin, et d'abord (qu*elle eut d^esprit et d*ait !)
Elle se jette au cou de oc pauvre vieillard,
Dérobe en l'embrassant son désordre à sa vue :
Il se sied; il lui dit quil veut la voir pourvue;
Lui propose un paarti qu'on lui venoit d'offrir.
Jugez combien mon cceur avmt l<irs à sonfirir!
Par sa réponse adroite elle sut si bien faire.
Que sans m'inquiéter elle plut à son père.
Ce discours ennuyeux enfin se termina;
Le bon homme partoit quand ma montre sonna :
Et lui, se retournant vers sa fille étonnée,
« Depuis quand cette montre? et qui vous Ta donnée?
<« Acastc, mon cousin, me la vient d'envoyer,
« Dit-elle; et veut id la faire nétoyer,
« N'ayant point d'horlogiers < au lieu de sa demeure :
<c Elle a déjà sonné deux fois en un quart d*benre.
« Donnez-la-moi, dit-il, j'en prendrai mieux le soin. »
Alors pour me la prendre elle vient en mon coin :
Je la lui donne en main; mais, voyez ma disgrâce,
Menteur lui a débitées, et qui est pris pour un menteur lui-même, i qui on dit mille injures; la seconde est le valet, qui veut imiter son maître, et qui s'engage dans des mensimges ridicules dont il ne peut se tirer. II est vrai que le caractère du Menteur de Goldoni est bien moins noble que celui de Corneille. La pièce française est plus sage; le style en est plus vif, plus intéressant. La pièce italienne n'approche point des vers de l'auteur de Cinna. Les Ménandre, les Térence, écrivirent en vers ; c'est un mérite de plus : et ce n'est guère qu« put impuissance de mieux faire ou par envie de faire vite que les modernes ont écrit des comédies en prose. On s'y est ensuite accoutumé. JL'Avaf€ surtout, q«ie Molière s'eut pas le temps de versifier, détermina plusieurs auteurs à faire en prose leurs comédies. Bien des gens prétendent aujourd'hui que la prose est plus naturelle, et sert mieux le comique. Je crois que dans les farces la prose est assez convenable : mais que le Misanthrope et le Tartuffe perdraient de force et dNInergie s'ils étaient en prose 1 (V.)
1 Ce mot venoit d'être créé, et portoit encsw, du vtvaMl es Corneille, toutes les tTftces de son étymologie.
Avec mon pistolet le cordon s'embaiTasse, Fait marcher le déclin : le feu prend, le coup part; Jugez de notre trouble à ce triste hasard. Elle tombe par terre; et moi, je la crus morte. Le père épouvanté gagne aussitôt la porte; Il appelle au secours, il crie à l'assassin : Son fils et deux valets me coupent le chemin. Furieux de ma perte, et combattant de rage, Au milieu de tous trois je me faisois passage. Quand un autre malheur de nouveau me perdit; Mon épée en ma main en trois morceaux rompit. Désarmé, je recule, et rentre : alors Orphise, De sa frayeur première aucunement remise. Sait prendre un temps si juste en son reste d^efiroi, Qu'elle pousse la porte et s'enferme avec moi. Soudain nous entassons, pour défenses nouvelles. Bancs, tables, coffres, lits, et jusqu'aux escabelies; Nous nous barricadons, et dans ce premier feu Nous croyons gagner tout à différer un peu. Mais comme à ce rempart l'un et l'autre travaille, D'une chambre voisine on perce la muraille : Alors, me voyant pris, il fallut composer.
(Ici CUrice les voit de sa fenêtre; et Lucrèce, avec Isabelle, les Toit aussi de la sienne.)
6BR0NTE.
C'est-à-dire en françois qu'il fallut l'épouser?
DORANTE
Les siens m'avoient trouvé de nuit seul avec elle. Ils étoient les plus forts, elle me sembloit belle. Le scandale étoil grand, son honneur se perdoit ; A ne le faire pas, ma tête en répondoit; Ses grands eiîbrts pour moi, son péril, et ses larmes, A mon cœur amoureux étoient de nouveaux charmes : Donc, pour sauver ma vie ainsi que son honneur» Et me mettre avec elle au comble du bonheur. Je changeai d'un seul mot la tempête en bonace. Et fis ce que tout autre auroit fait en ma place. Choisissez maintenant de me voir ou mourir. Ou posséder un bien qu'on ne peut trop chérir.