‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 3 sur 377 · ÉPITRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE

■ do Pape.à^a.JlfeÉi6e ; ainsi, quand je me suis résolu de repasser du héroïque au naïf, je n'ai osé descendre de si haut sans m'assurer d'un guide, et me suis laissé conduire au fameux Lope de Vega, de peur de m*égarer dans les détours de tant d'intrigues que fait notre Menteur. En un mot , ce n'est ici qu'une copie d'un excellent original qu'il a mis au jour sous le titre de la Verdad sospechosa ; et , me fiant sur notre Horace , qui donne liberté de tout oser aux poètes ainsi qu'aux peintres t , j'ai cru que , nonobstant la guerre des deux couronnes , il m'étoit permis de trafiquer eu Espagne. Si cette sorte de commerce étoit un crime , il y a longtemps que je serois coupable , je ne dis pas seulement pour le Cid , où je me suis aidé de dom Guillem de Castro, mais aussi pour Médée, dont je viens de parler, et pour Pompée même, où, pensant me fortifier du secours de deux Latins, j'ai pris celui de deux Espagnols, Sénèque et Lucain étant tous deux de Cordoue. Ceux qui ne voudront pas me pardonner cette intelligence avec nos ennemis approuveront du moins que je pille chez eux ; et, soit qu'on fasse passer ceci pour un larcin ou pour un emprunt , je m'en suis trouvé si bien , que je n'ai pas envie que ce soit le dernier que je ferai chez eux. Je crois que vous en serez d'avis, et ne m'en estimerez pas moins.

Je suis,

Monsieur ,

Votre très humble serviteur, CORNEILLE.

Piclorîbus atque poetis

Quidlibet audcndi semper fuit œqaa potestas.

De Arte poelicaf v. 10.

Bien que cette comédie soit de Tinvention de Lope de Yoga , je ne tous la donne point dans le même ordre que je vous ai donné le Cid et Pompée, dont en Tun vous avez vu les vers espagnols , et en Tautre les latins , que j^ai traduits ou imités de Guillem de Castro et de Lucain. Ce n''esf pas que je n'*aie ici emprunté beaucoup de choses de cet admirable original ; mais , comme j^ai entièrement dépaysé les sujets pour les habiller à la Françoise, vous trouveriez si peu de rapport entre TËspagnol et le François, qu^au lieu de satisfaction vous n'en recevriez que de Timportunité.

Par exemple , tout ce que je fais conter à notre Menteur des guerres d'Allemagne , où il se vante d'avoir été , l'Espagnol le lui fait dire du Pérou et des Indes, dont il fait le nouveau revenu; et ainsi de la plupart des autres incidents, qui, bien qu'ils soient imités de l'original , n'ont j^resque poiul de ressemblance avec lui pour les pensées, ni pour les termes qui les expriment* Je me contenterai donc de vous avouer que les sujets sont entièrement de lui , comme vous les trouverez dans la vingt et deuxième partie de ses comédies. Pour le reste , j'en ai pris tout ce qui s'est pu accommoder à notre usage ; et , s'il m'est permis de dire mon sentiment touchant une chose où j'ai si peu de part , je vous avouerai en mémo temps que l'invention de celle-ci me charme tellement , que je ne trouve rien à mon gré qui lui soit comparable en ce genre, ni parmi les anciens, ni parmi les modernes. Elle esl toute spirituelle depuis le commencement jusqu'à la fin, et les incidents si justes et si gracieux, qu'il faut être, à mon avis, de bien mauvaise humeur pour n'en approuver pas la conduite , et n'en aimer pas la représentation.

Je me défierois peut-être de l'estime extraordinaire que j'ai pour ce poëme, si je n'y étois confirmé par celle qu'en a faite un des premiers hommes de ce siècle, et qui non-seule-

meut est le protecteur des savantes muses dans la Hoflande , mais fait voir encore par son propre exemple que les grâces de la poésie ne sont pas incompatibles avec les plus hauts emplois de la politique et les plus nobles fonctions d^un "liomme d^Éiat. Je parle de M. de Zuylichem , secrétaire des commandements de monseigneur le prince d'Orange. Ces lui que MM. Heinsius et Balzac ont pris comme pour arbitre de leur fameuse querelle , puisqu'ils lui ont adressé Tun et Tautre leurs doctes dissertalions , et qu'il n'a pas dédaign de montrer au public l'état qu'il fait de celle comédie par deux épigrammes \ l'un françois el l'autre latin, qu'i! a mis au-devant de l'impression qu'en onl faite les Elzeviers , à Lcydcn.

PERSONNAGES

GÉRONTE, père de Dorante.

DORANTE, lilâ de Géroute.

AIXIPPË, araide Dorante et amant de Clarice.

PUIUSTE, ami de Dorante et d'Alcippe.

CLARICE, maltresse d'Alcippe.

LUCRÈCE, amie de Clarice.

ISABELLE, suivante de Clarice.

SABINE, femme de chambre de Lucrèce.

CLITON , valet de Dorante.

LYCAS, valet d'Alcippe.

La scène est à Paris.

* Épi gramme est aujourd'hui du genre fc-minin.

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