‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 2 sur 377 · ÉPITRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE

Mo:fsiEUR ,

Je vous présente une pièce de théâtre d'un style si éloigné de ma dernière, qu'on aura de la peine y croire qu elles soient parties toutes deux de la même main, dans le même hiver. Aussi les raisons qui m'ont oWigé à y travailler ont été bien différentes. J'ai fait Pompée pour satisfaii^e à ceux qui ne trouvoient pas les vers de Polyeucle si puissants que ceux lie Cinna, et leur montrer que j'en laurois bien retrouver la pompe quand le sujet le pourroit souffrir; j'ai fait le Menteur pour contenter les souhaits àe beaucoup d'autres qui, suivant l'humeur des François, aiment le changement , et, après tant de poèmes IjTdvesdont nos meilleures plumes ont enrichi la scène, m'ont demandé quelque chose de plus enjoué qui ne servît qu'à les divertir. Dans le premier, j'ai voulu faire un essai de ce que pouvoient la majesté du raisonnement et la force des vers dénués de l'agrément du sujet ; dans celui-ci, j'ai voulu tenter ce que pourloit l'agrément du sujet dénué de la force des vers. Et d'ailleurs , étant obligé au genre comique de ma première réputation, je ne pouvois l'abandonner tout à fait sans quelque espèce d'ingratitude. Il est vrai que, comme alors que je me hasardai à le quitter, je n'osai me fier à mes seules forces, et que , pour m'élever à la dignité du tragique , je pris l'appui du grand Sénèque^, à qui j'empruntai tout ce qu'il avoit donné

' Sénèque le tragique n*est souvent qu'un déclamateur qui ne méritait pas le nom de grand de la part du grand Corneille. (P.)

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