‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 306 sur 377 · PRUSIAS, NICOMÈDE, ARSINOÉ, LAODICE, FLAMINIUS, ATTALE, CLÉONE · texte numérisé non relu

PRUSIAS, NICOMÈDE, ARSINOÉ, LAODICE, FLAMINIUS, ATTALE, CLÉONE

NICOMÈDE

Tout est calme, seigneur ; un moment de ma vue A soudain apaisé la populace émue.

Quoi! me viens-tu braver jusque dans mon palais, Rebelle?

NICOMÈDE

C'est un nom que je n'aurai jamais.

Je ne viens point ici montrer à votre haine

t La pensée est très mal exprimée; il fallait dire: Ravissons- leur ni mourant la gloire d'ordonner de notre sort; il fallait au moins .s'énoncer avec plus de clarté et de justesse. (V.)

2 Manquer à remplir V effort d'une estime ! On s'indigne quand on voit la profusion de ces irrégularités, de ces termes impropres. On ne voit point cette foule de barbarismes dans les belles scènes des Horace* et de Cinna. Par quelle fatalité Corneille écrivait-il toujours avec plus d'incorrection, et dans un style plus grossier, à mesure que la langue se perfectionnait sous Louis XIV 1 Plus son goût et son style devaient se perfectionner, et plus ils se corrompaient. iV.)

458 NICOMEDE

Un captif insolenl d'avoir brisé sa chaîne ; Je viens en bon sujet vous vendre le repos S Que d'autres intérêts Iroubloient mal à propos. Non que je veuille à Rome imputer quelque crime : Du grand art de régner elle suit la maxime; Et son ambassadeur ne fait que son devoir Quand il veut entre nous partager le pouvoir. Mais ne permettez pas qu'elle vous y contraigne; Rendez-moi voire aniour, afin qu'elle vous craigne; Pardonnez à ce peuple un peu trop de chaleur Qu'à sa compassion a donné mon malheur; . Pardonnez un forfait quïl a cru nécessaire, Et qui ne produira qu'un ell'et salutaire.

Faites-lui grâce aussi, madame, et permettez Que juscpies au tombeau j'adore vos bontés. Je sais par quel motif vous m'êtes si contraire : Votre amour maternel veut voir régner mon frère; Et je contribuerai moi-même à ce dessein, Si vous pouvez souffrir qu'il soit roi de mu main. Oui, l'Asie à mon bras offre encor des conquêtes. Et pour l'en couronner mes mains sont toutes prêtes. Commandez seulement; choisissez en quels lieux; Et j'en apporterai la couronne à vos yeux.

ARSINOÉ

Seigneur, faut-il si loin pousser votre victoire. Et qu'ayant en vos mains et mes jours et ma gloire, La haute ambition d'un si puissent vainqueur Veuille encor triompher jusque dedans mon cœur? Contre tant de vertu je ne puis le défendre ;

1 Nicomède, toujours fier et dédaigneux, bravant toujours son père, sa marâtre, et les Romains, devient généreux, et même docile, dans le moment où ils veulent le perdre, et où il se trouve leur maître. Cette grandeur d'ame réussit toujours; mais il ne doit pas dire qu'il adoreles bontés d'Arsinoé. Quant au royaume qu'il offre de conquérir au prince Attale, cette promesse ne paraît-elle pas trop romanesque? et ne peut-on pas craindre que cette vanité no fasse une opposition trop forte avec les discours nobles et sensés qui la précèdent? Au reste, le retour de Nicomède dut faire grand plaisir aux spectateurs ; et je présume quUl en eût fait davantage , si ce prince eût été dans un danger évident de perdre la vie, (V.)

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