‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 307 sur 377 · ACTE V, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IX

Il est impatient lui-m(^me de se rendre- Joignez cette^ conquête à trois sceptres conquis, Et je croirai gagner en vous un second fils.

PRUSIAS

Je me rends donc aussi, madame; el je veux croire Qu'avoir un fils si grand est ma plus grande gloire i.. \Iais, parmi les douceurs qu*enfin nous recevons, Faites-nous savoir, prince, à qui nous vous devons.

NICOMÈDE

L'auteur d'un si grand coup m'a caché son visage; Mais il m'a demandé mon diamant pour gage ', Et me le doit ici rapporter dès demain.

Le voulez-vous, seigneur, reprendre de ma main?

NICOMÈDE

Ah î laissez-moi toujours à cette digne marque Reconnoître en mon sang un vrai sang de monarque. Ce n'est plus des Romains Tesciave ambiUeu.\, C'est le libérateur d'un sang si prrcieux. Mon frère, avec mes l'ers vous en brisez bien d'autres, Ceux du roi, de la rein^, et les siens el les vôtres. Mais pourquoi vous cacher en sauvant tout l'État?

ATTALE

Pour A'oir votre vertu dans son plus haut éclat; Pour la voir seule agir contre notre injustice, Sans la préoccuper par ce foible service; Et me venger enfin ou sur vous ou sur moi, Si j'eusse mal jugé de tout ce que je voi. Mais, madame...

AnSlNOÉ.

Il suffit, voilà le stratagème

1 Si Prusias n'est pas du comir.enccmcnt jusqu'à la fin un vieillard de comédie, j'ai tort. (V.)

* Attale paraît ici bien prudent, et Nicomtde bien peu curieux; mais, si ce moyen n'est pas digne de la tragédie, la situation n'en est pas moins bcile : il paraît seulen.ent bien injuste et bien odieux qu'Attale ait assassiné un officier du roi son père qui fesait son devoir : ne pouvait-il pas faire une belle action sans la souiller par cette horreur* A l'égard du diamant, je ne sais si Bnilcan, qui b'âmait tantl'aimeaur royal dans Astrale, était content du diamant de 'Nicomède. (V.)

440 NICOMEDE

Que vous m'aviez promis pour moi contre moi-mênîo.

(à Nicomède.) '

Et j'ai l'esprit, seigneur, d'autant plus satisfait,

Que mon sang rompt le cours du mal que j'avois fait.

KICOMÈDE, àFlarainius.

Seigneur, à découvert, toute ame généreuse D'avoir votre amitié doit se tenir heureuse; Mais nous n'en voulons plus avec ces dures lois Qu'elle jette toujours sur la tête des rois ^ : Nous vous la demandons hors de la servitude , Ou le nom d'ennemis nous semblera moins rude.

FLAMINirs, à Nicomède.

Cest de quoi le sénat pourra délibérer : Mais cependant pour lui j'ose vous assurer, Prince, qu'à ce défaut vous aurez son estime. Telle que doit l'attendre un cœur si magnanime; Et qu'il croira se faire un illustre ennemi, S'il ne vous reçoit pas pour généreux ami.

PRUSIAS

Nous autres, réunis sous de meilleuf s auspices, Préparons à demain de justes sacrifices;

1 Jeter des lois sur la tête! cette métaphore a le vice que nous avons remarqué dans les autres, de manquer de justesse, parcequ'on ne peut jeter une loi comme on jette de l'opprobre, de l'infamie, du ridicule : dans ces cas, le rcvoi jeter rappelle l'idée de quelque souillure dont on peut physiquement couvrir quelqu'un; mais on ne peut couvrir un homme d'une loi. .Je n'ai rien à dire de plus sur la pièce de Nicomède : il faut lire l'Examen que l'auteur lui-même en a fait. (V.) — Il nous semble que Voltaire en a bien dit assez. Ses observations, lorsqu'elles tiennent à l'art même, qu'il connoissoit très bien, sont, en général, dignes de lui. Parmi ses critiques de détail, il en est même auxquelles en ne peut méconnoître la pureté et la délicatesse de son goût; mais souvent il est sévère au point d'être injuste. Nous convenons que îe style de cette pièce est trop inégal, et Voltaire n'avoit pas besoin de tant de remarques oiseuses pour le prouver : il dovoit du moins avoir toujours raison, et nous avons démontré l'injustice de plusieurs de ses critiques. Mais quelque effort qu'il ait fait pour rabaisser le personnage de Nicomède, ce personnage n'en est pas moins une des conceptions qui honorent le plusl<géoie de Corneille. Le dénouement nousparott aussi de la plus grande beauté; et il en est peu de plus ajïplaudis. (P.)

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