VIRIATE, THAMIRE
TIRIATE.
Thamiro, il faut parler, roccasion nous presse :
Rome jusqu'en ces murs m'envoie une maltresse;
Et Texil d'Aiistie, enveloppé d'ennuis.
Est prêt à remporter sur tout ce que je suis.
En vain de mes regards Tingénieux langage
Pour découvrir mon cœur a tout mis en usage ^ ;
En vain par le mépris des vœux de tous nos rois
J'ai cru faire éclater l'orgueil d'un autre choix* :
JLe seul pour qui je tâche à le rendre visible s,
Ou n'ose en rien connoltre, ou demeure insensible^
Et laisse à ma pudeur des sentiments confus,
Que l'amour-propre obstine à douter du refus ♦.
Épargne-m'en la honte, et prends soin de lui dire,
A ce héros si cher... Tu le connoi^, Thamire;
Car d'où pourroit mon trône attendre un ferme appui t
Et pour qui mépriser tous nos rois, que pour lui ^ ?
t Un exil qui est prêt à remporter sur tout ce qu'est Viriate , expressions un peu trop négligées et trop impropres. Une grande reine, une héroïne ne doit pas dire, ce me semble, qu'elle a employé Vingé-r nieux langage de ses regards. [ V.)
t J'ai cru faire éclater l'orgaei^ d'un autre choix ^
n'est pas une expression propre ; ce choix n'est pas orgueilleux. (V.)
* Est-ce son cœur! est-ce l'orguetf de son choix qu'elle tâche à rendre Tisible!(V.)
^ Il ne faut jamais parler do sa pudeur ; mais il faut encore mo'm.s laisser à sa pudeur des sentiments confus., que V amour -propre obstine k douter du re/us^ parceque c'est un galimatias ridicule. (Y.)
I Cet embarras, cette crainte de nommer celui qu'elle aime, pourraient convenir k une jeune personne timide, et semblent peu faits pour une femme politique. Mais, et pour gui mépriser tous nos rois, qtte pour Il »<.
474 SERTORIUS
Sertorius, lui seul digne de Vitiate,- Mérite que pour lui tout mon amour éclate. Fais-lui, fais-lui savoir le glorieux dessein De m*affermir au trône en lui donnant la main : Dis-lui... Mais j'aurois tort d'instruire ton adresse S Moi qui connois ton zèle à servir ta princesse.
THAMIRE
Madame, en ce héros tout est illustre et grand; Mais, à parler sans fard, votre amour me surprend. ^11 est assez nouveau qu'un homme de sou âge Ait des charmes si forts pour un jeune courage. Et que d'un front ridé les replis jauni^ants Trouvent T heureux secret de captiver lés sens *.
lui ! est un vers digne de Corneille. 11 fi^iidrait,pour que ce vers ftt son effet, qu'il Mt pour un jeune héros aimable, et non pas pour un vieax soldat de fortune. ( V.)
1 Peut-être le mot d'adresse est- il plus propre au comique qu^au tragique dans cette occasion. (Y.)
* Des charmes si forts pour un Jeune courage, des replis jaunissants d*un front qui trouvent le secret de captiver les sens. Discours de soubrette, sans doute, plutôt que de la confidente d'une reine ; mais discours qui rendent Viriate un persopnage intolérable k quiconque a un peu de goût. Ces replis jaunissants, et cette pudeur de Viriate, et ce héros si cher que Thamire connaît, font un étrange contraste. Rien n'est plus indigne de la tragédie. La réplique deViriate me paraît admirable. Je ne voudrais pourtant pas qu'une reine parlât des sens. Racine, qu'on regarde si mal à propos comme le premier qui ait parlé d'amour, mais qui est le seul qui en ait bien parlé , ne s'est jamais servi de ces mots, les sens. Voyez la première scène de Pulchérie. (V.) — Peu de personnes avoient observé cette délicatesse de Racine ; et véritablement il s'est interdit, mf me dans la tragédie de PhèdrCy Pusage de ce mot, que son sujet sembloit amener si naturellement. C'est une ditllculté qui n'étoit pas. aisée à vaincre, et que pourtant il a surmontée dans tout le |^le de Phèdre, qui est un des chefe-d'œuvrc de notre théâtre. Mais, parcequë Racine s'est interdit cette expression, il y auroit trop de rigueur à la condamner dans ces beaux vers de Yiriate. Voltaire, dans OEdipe, a fait dire â Jocaste :
Tu sais qu'à mon devoir tout entière attachée J'étoufibi de mes sens la rSTolte cachée.
Elle ajoute, â quelques vers de distance, dans la même scène :
Ce n'était point, Égine, un feu tumultueux, De mes sçns enchautcs enfant impétueux.