‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 329 sur 377 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

Ail sang d*un Espagnol je ferois, grâce entière i ; Mais parmi vos Romains je prends peu garde au sang. Quand j'y vois la vertu prendre le plus haut rang. Vous, si vous haïssez comme eux le nom de reine. Regardez-moi, seigneur, comme dame romaine *: Le droit de bourgeoisie à nos peuples donné Ne perd rien de son prix sur un front couronné. Sous ce titre adoptif, étant ce que vous êtes, Je pense bien valoir une de mes sujettes; Et, si quelque Romaine a causé Vos refus, Je suis tout ce qu'elle est, et reine encor de plus. Peul-élre la pitié d'une illustre misère...

SERTORIUS

Je vous entends, madame, .et, pour ne vous rien taire. J'avouerai qu'Aristie...

VIRIATE

Elle nous a tout dit; Je sais ce qu'elle espère et ce qu'on vous écrit. Sans y perdre du temps, ouvrez votre pensée.

S^TOHIUS.

Au seul bien de la cause elle est intéressée : Mais puisque, poifr ôter l'Espagne à nos tyrans. Nous prenons, vous et moi, des chemins différents,

^ist trop familier, et sa manière pour estimer est aussi bas que peu français. (V.) •

1 Au sang d'an Espagnol Je ferois grâce 'entière,

ne dit point ce qu'elle veut dire ; elle entend que ce serait une grâce à un Espagnol que de l'épouser. Faire gra ce entière , c'est ne point pardonner à demi. (V.l ■

« Elle ne doit point dire à Sertorius qu*il peut haîr le trône, après que Sertorius lui a dit qu'il déshonorerait le trône , s'il osait aspirer à -elle. Tous ces raisonnements sur le trône semblent trop se contredire; tantôt le trône de Yiriate dépend de Sertorius, tantôt Sertorius est audessous du trône, tantôt il hait le trône, tantôt Viriate veut faire respecter son trône; mais quand même il y aurait de la justesse dans ces dissertations, il y aurait toujours trop de froideur. Presque tous ces raisonnements sont faux: i)s auraient besoin du style le plus élégant et le plus noble pour être tolérés; mais malheureusement le style est guindé, obscur, 'souvent bas, et hérissé de solécismes et de barbaris mes. (V.l — Voltaire affecte toujours d'oublier le temps où Corneille ♦MTivoit, (P.)

484 SERTORIUS

De grâce, examinez le commun avantagé, ^ Et jugez ce que doit un généreux courage.

Je trahirois, madame, et vous et vos États, De voir un tel secours, et ne l'accepter pas * : Mais ce même secours deviendroit notre perte, S'il nous ôtoit la main que vous m'avez offerte. Et qu'un destin jaloux de nos communs desseins Jetât ce grand dépôt en de mauvaises mains s. Je tiens Sylla perdu, si vous laissez unie A ce puissant renfort votre Lusitanie.

Mais vous pouvez enfin àépelidre d'un époux, Kt le seul Perpenna peut m'assurer de vous. Voyez ce qu'il a. fait; je lui dois tant, madame. Qu'une juste prière en faveur de sa flamme ..

VIRIATE

Si vous lui devez tant, ne me devez-vous rien?

Et lui faut-il payer vos dettes dé mon bien?

Après que ma couronne a garanti vos tètes s,

Ne mérité-je point de part en vos conquêtes ?

Ne vous ai-je servi que pour servir toujours,

Et m'assurer des fers par mon propre secoi|rs?

Ne vous y trompez pas : si Perpenna m'épouse.

Du pouvoir souverain^ je deviendrai jalouse.

Et le rendrai moi-même assez entreprenant

Pour pe vous pas laisser un roi pour lieutenant.

Je vous avouerai plus : à qui que je me donne.

Je voudrai hautement soutenir ma couronne;

Et c'est ce gui me force à vous considérer,

Dé peur de perdre tout, s'il nous faut séparer.

Je ne vois que vous seul qui des mers aux montagnes

Sous un même étendard puisi»e unir nos Ëspagnes :

Mais ce que je propose en est le seul moyen;

Et, quoi qu'ait fait pour vous ce cher concitoyen,

S*il vous a secouru contre la tyrannie,

i Je trahirois de voir est un solécisme. (V.)

« On najétle point un dépôt , c'est un barbarisme ; il faut, remit «r frand dépôt. (V.)

3 Que veut dire une couconnc qui garantit des têtes! Il fallait au

moins dire de quoi elle les garantit : on garantit Un traité, une posses*

un héritage ; mais une couronne ne garantit point une tête. | V.i

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