‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 330 sur 377 · ACTE II, SCÈNE II. 48S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 48S

n en est bien payé d'avoir sauvé sa vie <.

Les malheurs du parti raccabloient.à tel point.

Qu'il se yoyoit perdu, s'il ne vous eût pas joint;

Et même, si j'en veux croil'e la renommée,

Ses troupes, malgré lui, grossirent voire armée.

Rome offre un grand secours, du moins on vous récrit;

Mais, s'armât-elle toi|te en faveur d'un proscrit.

Quand nous sommes aux bords d'une pleine victoire <,

Quel besoin avons-nous d'en partager la gloire?

Encore une campagne, et nos seuls escadrons

Aux aigles de Sylla font repasser les monts.

Et ces derniers venus auront droit de nous dire

Qu'ils auront en ces lieux établi notre empire!

Soyons d'un tel honneur l'un et Tâutre jaloux ;

Et quand nous pouvons tout, ne devons rien qu'à nous.

SERTORIUS

L'espoir le mieux fondé n'a jamais trop de forces '. Le plus heureux deslin surprend par les divorces *; Du trop de confiance il anne a se venger'; Et dans un grand dessein rien n'est à néglfger.

Devons-nous exposer à tant d'incertitude L'esclavage de* Rome et notre servitude •,

i CTest uh barbarisme et un contre-sens. On est payé en recelant une récompense, on est payé p«r une récompense ; mais on n'est point payé de recevoir une récompense; il fallait : Il fut assez payé,. vous, »avifâtes sa vie, ou quelque chose de semblable. (V.)

* La Tictoire n'a point de bords ; on touche à la^ictoire, on ^est près de la réimporter, de la saisir, mais on n'est point à ses bords. Cela ne peut se dire dans aucune langue , parceque dans toutes les langues le» métaphores doivent être justes. (V.)

8 On ne peut dire les forces d*un espoir; aucune langue ne peut admettre ce mot, parceque les forces ne peuvent pas être dans un espoir. C'est nn.barbarisme. (V.)

* Un destin n*a point de divorces; il a des vicitsitudes , des changements, des revers : et alors ce n'est pas l'heureux destin qui surprend. Cette expression est un barbarisme. (S.)

« Ce destin q«i aime à se venger est une idée poétique .qui n'a rien de vrai. Pourquoi aimerait-il à se venger de la confiance qu'on a en lui t Est-ce ainsi que doit raisonner un grand capitaine , un homm* d'Étatt (V.) . . ,

« Ce n'est point l'esclavage qu'on expose ainsi à rineertitudo de»

486 SERTORIUS

De peur de partager avec d'autres Romains

Un honneur où le ciel veut peut-être- leurs mains?

Notre gloire, il est vrai, deviendra sans seconde,

Si nous faisons sans eux la liberté du monde;

Mais si quelque malheur siiit tant d'heureux combats,

Quels reproches criiels ne nous ferons-nous pas!

D'ailleurs, considérez que Perpenna vous aime,

Qu'il est ou qu'il se croit digne du diadème.

Qu'il peut ici beaucoup; qu'il s'est vu de tout temps

Qu'en gouvernant le mieux on fait des mépôntents;

Que, piqué du mépris, il osera peut-être...

VIRIATK.

Tranchez le mot, seigneur : je vous ai fait mon mattre,. Et je dois obéir malgré mon sentiment; C'est à quoi se réduit tout ce raisonnement.

Faites, faites entrer ce héros d'importimcc S Que je fasse un essai de mon obéissance; Et si vous le craignez, craignez. autant du moins ^ Un long et vain regret d'avoir prêté vos soins *.

SEUTomus.

Madame, croiriez-vous...

VIRîATE.

Ce mot vous doit suffire :

J'entends ce qu'on me dit, et ce qu'on me veut dire. Allez, {aites-lui place, et ne présumez pas...

éTénëments ; au contraire, c'est la liberté de Rome et celle de l'Espagne, pour laquelle Sertorius et Viriate combattent, et qu*on exposerait. (V.)

1 Faites, faites entrer ce iiéros d'iniportanee ,

est un p^u trop comique. L'auteur a d^a dit des gens d'importance : il n'est pas permis d'écrire d'un style si trivial , çurtoul après avt Ir écrit de si belles choses. (V.)

SI II faudrait achever la phrase. Prêter, vos soins n'a pas un" sens complet; on doit dire à qui on les a prêtés. De plus, on ne prête point de soins, on ne pirête que lés choses qu^on peut retirer. Quand les soins sont une fois donnés, on peut eu refnser.de nouveaux. Il n'en «st pa» de même du mot appui^ secours ; on prête son appui, son secours ^ son bras, son armée, etc., parcequ'on peut les retirer, les reprendre. Ce style est très-videux. (V.)

Page 1