ACTE II , SCENE IV
ie sais donc votre amour; mais tirez-moi de peine : Par où prétendez-vous mériter une reine, A quel litre lui plaire', et par quel charme un jour Obliger sa couronne à payer votre amour < î
PERPENNA
Par de sincères vœux, par d*assldus services,
Par de profonds respects, par d'humbles sacriflees ;
Et si quelques effets peuvent juslifter...
VIRIATE
Eb bien I qu'ôtes-vous prêt de lui sacrifier?
PERPENNA
Tous mes soins, tout mon sang, mon courage, ma vie '.
Pourriez-vous la servir dans une jalousie » ?
PERPENNA
Ah, madame!
VIRIATE
. A ce mot en vain le cœur vous bat ; Elle n*est pas d'amour, elle n'est que d'État. J*ai de Tambition, et mon orgueil de reine Ne peut voir sans chagrin une autre souveraine Qui, sur mon propre trôné à mes yeux s'élevant, Jusque dans mes États prenne le pas devants
Eo pasMDt par sa bouche elle perd son crédit, c'est-à-dire elle perd son autorité, elle n'obtient plus de confiance. (P.^.
I On n'oblige point yne couronne à payer; et payer un amour! ( V.i
« On peut sacrifier son sang et sa yie, ce qui est la mf me chose : mais sacrifier son courage-! qu'est-ce que cela veut dire! on emploie •on courage, ses soins ; on sacrifie sa vie. ( Y.)
8 Dans une jalousie; le cœur vous bat; un orgueil de reine : ce n'est pas là le style noble; et cette idée dese/aire servir dans une jalousie est non-seulement du comique, mais du comique insipide* c« n'est pas là- le <poÉo; x.aX IXeoç, la terreur et la pitié. Voilà une plaisante intrigue tragique que de savoir qui de deux femmes passera la première à une porte. (V.)
» Prenne le pas devant ne se dit plus , et présente une petite idée. Voilà de ces choses qu'il faut ennoblir par l'expression. Racine dit :
Je ceignis la tiare, et marchai son égal. . Prendre le pas devant est une mauvaise façon de parler, qui n'est pas mfme pardonnable aux gazettes, f V.}
il. ?i2
490 SBRTORIUS.
Serlorius y règne : si daus loiit notre empire
Il dispense des lois où j'ai voulu souscrire,
Je ne in*en repens point, il en a bien usé;
Je rends grâces au ciel qui Ta favorisé.
Mais, pour vous dire-enlin de quoi je suis jalouse.
Quel rang puis-je gardei* auprès dé son épouse ?
Aristie y prétend, et Toffre qu'elle fait.
Ou que Ton fait pour elle, en assure reffeti.
Délivrez nos climats de cette vagabonde,
Qui vient par son exi) troubler un autre monde;
Et forcez-La sans bruit dMionorer d'autres lieux
De cet illustre objet qui me blesse les yeux.
Assez d'autres États lui prêteront asile.
PERPEKNA.
Quoi que vous m'ordonniez, tout me "sera facile :
Mais quand Sertoriiis ne Tépousara pas,
Un autre hymen vous met dans le même embarras <.
Et qu'importe, ;ipr^ tout, d'une autre ou <1' Aristie,
Si...
YllIATE.
Rompons, Perpenna, rompons cette partie ; . Donnons ordre au 'présent ; et quant à Vayenir, Suivant l'occasion nous saurons y fournir. Le temps est uu grand maître, il règle bien des choses. Enfin je suis jalouse, et vous en dis les causes. Voulez-vous, me servir?
PERPENNA
Si je 'le veux? j'y cours, Madame, et meurs déjà d'y consacrer mes jours»
t II faut éviter ces expressions prosaïques et négligées : celle-ci n'est ni noble ni exacte. Une offre n'assure point un effet; une offre est acceptée ou dédaignée ; le niot d'e^'et ne s'applique qu'aux desseins et aux causes, aux menaces, aux prières. (V.*)
s Perpenna n'a aucune raison.de parler d'un autre hymen de Sertorius, puisqu'il n'en est point question dans la pièce : et quel style de comédie! un hymen qui Met dans l'embarras. (V.)
8 II fallait, et je meurs; mais cette façon de parler est du style de la comédie ; encore ne dit- on pas même. Je meurs d'aller^ Je meurt, de urvtr, mais^e meurt d'envie d'aileTf de tervir; et cela ne se dit que dJum la conversation familière. (V.)