‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 339 sur 377 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Mais vous jugez, seigneur, de Pâme par le bras; Et souvent Tuti parolt ce que Tautre n'est pas*.

Lorsque deux factions divisent un empire, Chacun suit au hasard la meilleure ou la pire. Suivant Toccasion ou la nécessité Qui remporte vers Tun ou vers Tautre côté. Le plus juste parti, difficile à connoltre. Nous laisse en liberté de nous choisir un maître; Mais, quand ce choix est fait, on ne s'en dédit plus. J'ai servi sous Sylla du temps de Marius, Et servirai sous lui tant qu'un destin funeste De nos divisions soutiendra quelque reste*. Comme je n^ vois pas dans le fond de son <xBnr, rignore quels projets peut former son bonheur ^ : S'il les pousse trop loin, moi-même je l'en blâme; Je lui prèle mon bras sans engager mon an^e ; Je m'abandonne au cours de sa félicité, Tandis que tous mes vœux sont pour la liberté; Et (Test ce qui me forc€ à garder une pl^ce Qu'usurperoient sans moi l'injustice et l'audace, Afin que, Sylla mort, ce dangereux pouvoir . Ne tombe qu^en des mains qui sachent leur devoir ^. Enfin je sais mon but, et vous savez le vôtre.

t Ces expressions sont trop négligées : et comment un bras peut-il paraître différeçt d'une ame! La plupart des fautes de langage sont au fond des défauts de j ustesse. (Y.)

• Soutiendra n'est pas le mot propre; on entretient un reste de divisions, on les fomente, etc. ; bn soutient un parti, une cause, une prétention : mais c'est un trt-s léger défaut dans un aussi beau discours que celui de Pompée. ,

Lorsqqe deux factions dÎTisent un empire.

Chacun suit au hasard la meilleure ou la pire...

Mais, quand ce choix est fait, on ne s'en dédjt plus, etc.

Quelle vérité dans ces vers ! et quelle force dans leur simplicité ! poin t d'épithète, rien de superflu ; c'est la jaison en vers. (V.)

S Un bonheur qui /orme des projets est trop impropre. (V.)

* On peut animer tout dans la poésie; mais, dans une conférence sans passion, les métaphores outrées ne peuvent avoir lieu : peut-être cette expression porte encore plus l'empreinte d'une négligence .qui échappe que d'une figure qu'on recherche. (V.)

500 SERTORIUS

sertÔrius.

Mais cependant, seigneur, vous servez comme un autre; Et nous, qui jugeous tout sur la foi de nos yeux, Et laissons le dedans à pénétrer aux dieux. Nous craignons votre excmpK', et doutons si dans Rome Il n*instruil |)Oint le peuple à prendre loi d'un bomme ; Et si votre valeur, sous le pouvoir d'àutrui, Ne sème point pour vous lorsqu'elle agit pour lui.

Comme je vous estime, il m'est aisé de croire Que de la liberté vous feriez voire gloire. Que votre ame en secret lui donne tous ses vœc^x ; Mais, si je m'en rapporte aux esprits soupçonneux, Tous aidez aux Romains à faire essai d'un maître. Sous ce flatteur espoir qu'un jour vous pourrez l'être. La main qui les opprime, et que vous soutenez. Les accoutume au joug que vous leur destinez; Et, doutant s'ils voudront se faire à l'esclavage, Aux périls de Sylla vous tâtez leur courage*.

POMPEE

Le temps détrompera ceux qui parlent ainsi ; Mais justifiera-t~il ce que Ton voit ici ? Permettez qu'à mon toUr. je parle avec franchise; Votre exemple à la fois m'instruit et m'autorise : Je juge, comme vous, sur la foi de mes yeux, Et laisse le dedans à pénétrer aux dieux.

Ne vit-on pas ici sous les ordres d'un homme? N'y commandez- vou^ pas comme Sylla dans Rome? Du nom de dictateur, du nom de général. Qu'importe, si des deux le pouvoir est égal ? Les titres différents ne font rien à la chose; Vous imposez des lois ainsi qu'il en impose;

■ 1 Ce mot tâUr, qui par lui-même est ramilicr, et même ignoble, fah ici un très bel effet; cpr, comme on Ta déjà remarqué, il n'y a guère de mot qui, étant heureusement placé, ne puisse colitribuer au sublime. Ce discours de Sertorius est un des plus beaux morceaux, de Cor- Beille ; et le reste de la scène en est digne, à quelques négligences près. Ces rers : ' . .

Et fotre empire en est d'autant plus dangereux, etc.

Kome n'est plus dans Rome, elle est (oute où je suis, etc. •ont égaux aux plus beaux vers de Cinna et des Horace». (V.)

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